Deux visites de centres d'éducation
qui travaillent avec la DDPJJ de l'Essonne

Le centre d'action éducative (CAE) de Bures sur Yvette (91)
Le centre d'éducation renforcée (CER) de Grans (Bouches du Rhône)

Les conditions dans lesquelles ces visites ont été préparées et réalisées
 

Henri Prévot                                                                                                  le 5 octobre 2002

Notes sur la visite du Centre d'éducation renforcée (CER)
de Grans (Bouches du Rhône)


Les principes de fonctionnement des CER 
le débat au sujet des centres "fermés" 
le centre de Grans : une activité économique (le cirque, le restaurant),  le logement des jeunes, les éducateurs,   l'éducation et les règles de base de la vie en CER , l'efficacité, le budget
des projets de CER pour l'Essonne
au sujet de la prévention et de l'éducation spécialisée
quelques sigles

Le centre d'éducation renforcé (CER) avec lequel travaille la Direction départementale de la protection judiciaire de la jeunesse (DDPJJ) de l'Essonne est situé à Grans, dans les Bouches du Rhône, à une vingtaine de kilomètres au nord d'Aix en Provence. Il dépend de la Maison de la Juine.

La Maison de la Juine reçoit une quarantaine de jeunes et emploie une quarantaine d'adultes pour les encadrer ; elle est elle-même un établissement de l'association Fondation Jeunesse Feu vert qui emploie 200 salariés. Parmi les activités éducatrices de Jeunesse Feu vert, un restaurant gastronomique à Saclains, près d'Etampes, la Crémaillère, qui reçoit des jeunes qui pourraient aussi relever d'un CER.

Les principes de fonctionnement des Centres d'éducation renforcée.

Ces centres sont le prolongement du programme de création d'UEER, unités éducatives à encadrement renforcé, engagé par le gouvernement de M. Balladur en 1995, puis suspendu en 1997 et relancé récemment sous la dénomination de CER : il en existe aujourd'hui une centaine dont un pour l'Essonne. Le nouveau gouvernement a décidé d'amplifier ce programme. Parmi les CER, certains devraient être "fermés".

Les CER s'adressent à des enfants mineurs en rupture, multirécidivistes, potentiellement dangereux, que les autres procédures d'éducation, CAE (centres d'action éducative, en milieu ouvert) ou FAE (foyers) où ils sont placés ne peuvent pas encadrer. Le séjour en CER est une décision du juge pour enfants.

Les CER sont des unités de petite taille. L'encadrement compte un éducateur par jeune ; s'y ajoute le personnel administratif et logistique. Les jeunes y font un séjour de trois mois éventuellement renouvelable une fois. Toute fugue est signalée immédiatement à la gendarmerie.

Le débat au sujet des centres "fermés" : selon l'avis de la plupart des éducateurs, gérer un centre éducatif physiquement fermé est impossible. Si l'enfermement s'avère la seule solution, il s'agit d'une prison ; il appartient alors à l'administration pénale d'organiser au mieux l'éducation à l'intérieur de prisons. Cela étant, tout doit être fait dans les centres d'éducation renforcée pour éviter les fugues. M. Rosenweig appelle cela des centres "contenants" - l'exemple de "Cheval pour tous" reste une référence éducative de valeur, qui ne doit pas être rejetée après les fautes commises par son responsable. Il serait possible de décider que les jeunes qui fuguent d'un CER soient mis en prison - c'est peut-être ainsi d'ailleurs que seront définis les centres dits "fermés". En tous cas, le centre de Grans, ne pourra jamais être "fermé" au sens matériel du mot.

Le centre de Grans

Il reçoit huit jeunes pour des séjours de trois mois ; six d'entre eux ont une activité dans un restaurant et deux, par roulement, dans un cirque. Le centre emploie huit éducateurs et un cuisinier. Le directeur n'est pas présent sur place ; il vient passer un ou deux jours par semaine.

Ce CER est le seul en France où les jeunes ont une activité économique ; celle-ci se finance elle-même (sans financer les éducateurs évidemment). Elle permet de donner aux jeunes une gratification égale à 20 % du SMIC, maximum légal pour la rémunération de stages - soit 3500 F à la fin des trois mois.

Une activité économique

L'activité de cirque sert de dérivatif pendant une partie du stage pour les jeunes qui ne s'adaptent pas à l'activité de restaurant.

le cirque :

Il s'agit d'un cirque familial, comme il y en a quelques centaines en France. Une famille (parents, enfants et petits enfants) tiennent un "vrai" cirque, avec chevaux, tigres et/ou éléphants, jongleurs, équilibristes etc. Le cirque est itinérant ; les enfants ne sont pas scolarisés et s'entraînent dès le premier âge. Le directeur du CER a noué des relations de confiance avec plusieurs d'entre eux. Il voit de grands avantages à une coopération. Les jeunes du CER rencontrent un milieu très différent où ils se trouvent plus instruits que les enfants de ces familles et en même temps en situation d'infériorité face aux jeunes et aux adultes tant en ce qui concerne l'habileté que la force physique. Ils sont donc à la fois reconnus et tenus en respect. Par ailleurs, ce milieu est très travailleur - lever tôt et coucher tard - et le respect des horaires et de la discipline est impératif. Les jeunes du CER servent aux travaux de logistique (nettoyage de la piste, montage, nourriture des animaux) et à l'accueil du public.

Dans quelques semaines, le directeur devrait ouvrir un autre CER pour l'Essonne avec quatre cirques.

le restaurant

C'est un restaurant en pleine campagne, tout près de l'autoroute ; il a une trentaine de tables. La salle est avenante. Le restaurant sert une dizaine de repas par jour en moyenne, sans compter les repas des jeunes et des éducateurs. Cette activité met les jeunes en relation avec la clientèle, ce qui exige une discipline - politesse, bonne tenue. Les jeunes exercent toutes les activités : entretien, cuisine, service ; il faudra bientôt faire des travaux sur le bâtiment.

Le centre a également un bateau, un chalutier de dix mètres ; l'an dernier quatre jeunes et deux éducateurs sont remontés à Paris en quinze jours en empruntant les canaux. Il a aussi un camping-car qui permettra aux jeunes du prochain CER de vivre comme les "gens du cirque".

Le logement des jeunes

Les jeunes couchent à l'hôtel, un petit hôtel en pleine campagne, à six kilomètres du restaurant, en chambre individuelle - l'expérience a été tentée de chambres à deux, mais les risques relationnels sont trop grands. Un éducateur est présent dans l'hôtel ; il veille jusqu'à trois heures et ne dort que trois à quatre heures par nuit (il a du temps de récupération dans la journée). Loger à l'hôtel est une solution à la fois simple (pas de problème de chauffage ou d'entretien des locaux) et éducative puisque les jeunes sont en contact avec l'extérieur.

Les éducateurs

Une semaine de travail et une semaine de repos ; dix heures de travail par jour. Pour huit jeunes, il y a huit éducateurs, dont quatre travaillent la même journée. Un de ces quatre éducateurs est au cirque, les trois autres au restaurant. En fin de session, un debriefing avec un psychologue pendant un jour ou deux ; entre les sessions, deux semaines de repos ; avant la session, une préparation d'une semaine.

Ils logent dans une villa, dans un cadre très paisible en pleine forêt.

Le salaire charges comprises d'un éducateur de CER en milieu de carrière est de 200 000 F par an (30 000 euros), correspondant à 140 000 F nets environ (21 000 euros).

L'éducation et les règles de base de la vie en CER

Le juge demande au jeune son accord pour un séjour en CER ; dans le bureau du juge, c'est le directeur qui lui présente les règles de vie. Si le jeune donne son accord, il est pris immédiatement en charge en emmené en avion à Grans. Il reste en relation avec le juge en lui écrivant régulièrement; en cas de besoin, il fait le voyage pendant le stage pour discuter avec lui. Il est également en relation avec un éducateur de justice.

Légalement, les centres devraient être mixtes ; mais l'expérience montre que cela crée de grosses difficultés. Quand des filles sont présentes, le logement et parfois les activités doivent être séparés.

Il a été décidé de ne pas écrire de règlement du CER, car les jeunes seraient habiles à créer des situations non prévues telles que le règlement lierait la direction plus qu'eux-mêmes. Les deux règles de base sont les suivante :

- travailler et payer ses frais personnels avec son propre argent ; on se rend compte à quel point des jeunes sont attentifs à l'usage de leur argent

- rester en permanence sous le regard d'un éducateur ; s'éloigner ne serait-ce que "pour cinq minutes" pour acheter une carte postale par exemple est strictement interdit. Une infraction à cette règle a pour effet de remettre à zéro le décompte de la gratification versée en fin de stage - ce pourrait être la définition d'un centre "fermé" où la clôture n'est pas un mur mais un lien quasiment physique : être sous le regard.

Dans l'activité des jeunes, le centre évite avec soin tout ce qui pourrait ressembler à un séjour de loisirs ou de tourisme.

Le centre de Grans a connu très peu de fugues.

L'efficacité du séjour à Grans

Cette notion d'efficacité est évidemment subjective car il faudrait attendre trois ans pour vérifier que les jeunes qui sont passés par un CER ne rechutent pas. L'expérience montre qu'à tous les niveaux de l'éducation, éducation en milieu ouvert avec des éducateurs spécialisés, centre d'action éducative (CAE), CER, l'efficacité est environ de 50 % ; le nombre de rechutes observé aujourd'hui (20 %) ne remet donc pas en cause cette constatation empirique en laissant espérer que les résultats peuvent être meilleurs

Le budget d'un CER

Selon la convention passée avec la DPJJ, celle-ci verse au centre une somme de 2500 F par jour et par jeune. C'est beaucoup moins que le coût d'une journée de prison. Cette somme prend tout en charge : dépenses de vie des jeunes (dont l'hébergement en hôtel et les repas au restaurant, soit 250 F/jour), salaires des éducateurs, infrastructures etc. 

Des projets de CER

Un projet de CER pour l'Essonne où les jeunes seraient reçus, par deux, dans quatre cirques, est bien avancé.

Si l'on voulait créer d'autres CER, il serait plus difficile de trouver des éducateurs que des finances.

C'est pourquoi, mûrit l'idée d'un CER modulaire. Des éducateurs sont désireux de consacrer un temps de leur vie professionnelle aux jeunes les plus difficiles sans vouloir s'y engager pour une longue période. D'où l'idée de CER modulaire formé autour d'un chef de groupe et d'un projet pour trois mois avec 2, 4 ou 6 jeunes ; une structure permanente apporterait la caution éducative, le soutien administratif et le support logistique. Chaque projet serait financé par une subvention de 2500 F par jeune et par jour. 

Au sujet de la prévention et de l'éducation spécialisée

La prévention de la délinquance est de la responsabilité des communes, aidées par le conseil général.

Il convient de commencer par une étude fine qui permette de connaître les réseaux, les relations de pouvoir au sein de la jeunesse. Un maillage entre les adultes qui sont en relation avec ces jeunes permettra de bien connaître l'évolution de la situation, d'avoir envers les jeunes une attitude cohérente et de voir où porter l'attention et l'effort.

L'animation sportive, les activités culturelles sont tout à fait nécessaires ; c'est la prévention primaire de droit commun. La "prévention spécialisée" est très différente. Elle s'adresse à des jeunes qui ne peuvent pas participer à ces activités.

Le rôle et le mode d'action d'un éducateur spécialisé sont particuliers. Il doit d'abord cibler les jeunes dont il s'occupera, pour éviter la dispersion. Puis son but sera d'obtenir leur confiance. Ces jeunes font des délits ; l'éducateur n'a pas l'obligation de les dénoncer - il a l'obligation de dénoncer des crimes ; tout cela est codifié par la loi. Il doit être présent dans la rue au moment où les jeunes y sont présents, jusque tard le soir, les samedis et les dimanches. Son action sera souvent de temporiser. Il saura éloigner les jeunes fauteurs de trouble de leur quartier pendant une journée, pour permettre aux autres de respirer, d'entrer en relation avec d'autres que ceux qui imposent leur leadership. Pour être efficaces, les éducateurs doivent pouvoir disposer librement de moyens suffisants pour organiser une activité, dépanner un jeune - c'est ainsi, souvent, que s'établit le premier contact à partir duquel pourra se créer une relation de confiance, relation où l'éducateur montre qu'il a du pouvoir et qu'il l'utilise pour apporter une aide.

L'efficacité d'une action de prévention ne peut se faire sentir qu'à long terme, une échéance qui est différente des échéances électorales.

Or la prévention spécialisée coûte cher. Outre le salaire des éducateur, pris en charge par le conseil général, il faut des moyens de fonctionnement, qui sont à la charge de la commune. Il faudrait avoir une équipe de quatre pour 5000 habitants des quartiers difficiles - ce qui pour une ville comme Ste Geneviève ferait au moins deux équipes.

Quelques sigles :

AEMO : action éducative en milieu ouvert : elle comporte les FAE, foyers d'action éducative, privés, et les CAE, centres d'action éducative, qui sont publics, les CER, centres d'éducation renforcée (qui reçoivent pour une courte période des jeunes placés en FAE ou CAE) ; les éducateurs de justice suivent le parcours des jeunes, à raison d'un pour 25 jeunes.

Une assistante sociale fait un signalement (celui-ci peut être fait aussi à la suite d'une action pénale) ; le juge pour enfant décide une IOE, investigation et orientation éducative qui peut déboucher sur une AEMO.


 
 
Le centre d’action éducative (CAE)

de Bures sur Yvette (Essonne)

Notes prises au cours d'une visite du centre, le 2 mai 2002
par Henri Prévot, conseiller municipal de Ste Geneviève Autrement

Les missions de la Protection judiciaire de la jeunesse
Les moyens de la DPJJ, direction de la PJJ
Le centre de Bures sur Yvette :
Au sujet de l’éducation des jeunes en difficulté
La fugue Les moyens sont-ils suffisants ?
Des familles d’accueil
 

Une délégation du conseil municipal de Ste Geneviève des bois, composée de membres de la commission " sécurité " appartenant à la majorité et à l’opposition, a visité le centre d’action éducative de Bures sur Yvette en Essonne, le 2 mai 2002. Elle a reçu du directeur M. Jean-Marie Camors et des autres personnes rencontrées un excellent accueil.

Le centre dispose de beaucoup d’espace ; il nous a paru bien équipé ; il a créé des lignes pédagogiques qui nous ont paru très intéressantes ; nous avons aussi noté les relations de partenariat qu’il a su nouer. Comme le personnel est peu nombreux, nous nous sommes interrogés sur le risque couru par un éducateur en cas de sérieuse difficulté avec un jeune.

De façon plus générale, les moyens de la PJJ sont suffisants pour les tâches qui lui sont demandées ; mais sans doute celles-ci ont-elles été ajustées aux moyens disponibles. Les besoins éducatifs sont beaucoup plus grands. Nous avons noté également qu’il manque de familles d’accueil pour la durée des vacances.

***

Pour M. Comors, l’éducation des jeunes qui lui sont confiés demande un partenariat avec les élus et de nombreux acteurs de la ville. Le temps où l’éducation pouvait se faire sans relation avec l’extérieur lui paraît révolu. Un partenariat réussi demande que chacun soit bien informé des missions et des contraintes des autres. Les décisions relèvent des politiques, les professionnels ont comme responsabilité de les informer de leur expérience.

Les missions de la Protection judiciaire de la jeunesse

La PJJ reçoit les jeunes qui lui sont confiés par décision de justice pour l’une des deux raisons suivantes

- En cas de délit : " le tribunal pour enfants prononcera, suivant les cas, les mesures de protection, assistance, surveillance et d'éducation qui sembleront appropriées " - ordonnance de 1945, article 2,

- Pour une assistance éducative, selon les articles 375 et suivants du code civil ; un mineur est un jeune qui n’a pas 18 ans révolus ; un " jeune majeur " (de 18 à 21 ans) peut demander protection au juge pour enfants.

Dans les deux cas, c’est le juge pour enfants qui décide du mode de placement de l’enfant ; en cas de crime, la décision est prise par le Parquet.

Les moyens de la DPJJ, direction de la PJJ  :

6 500 personnes dont plus de la moitié appartiennent au corps des " éducateurs de la PJJ ", à distinguer des " éducateurs spécialisés ", des éducateurs de justice et des " conseillers d’éducation et de probation " de l’administra-tion pénitentiaire.

Les éducateurs de la PJJ sont des fonctionnaires ; après un recrutement sur concours (d’un niveau bacc+3) , ils sont " stagiaires " pendant une période de deux ans de formation qui leur confère un diplôme équivalent à une maîtrise des sciences et techniques de l’éducation. Les autres personnels de la DPJJ sont des enseignants techniques, des cliniciens psychologues et du personnel technique (cuisine, entretien général). La DPJJ recourt également au service de médecins psychiatres vacataires.

En Essonne, les effectifs de la Direction départementale sont de 300, ce qui en fait le troisième département en France.

Il convient d’ajouter les effectifs des associations qui travaillent avec la PJJ pour la même mission ; en Essonne ils sont à peu près en nombre égal.

Il y a deux ans, la décision a été annoncée de recruter 2000 éducateurs. En fait, ce recrutement a permis seulement de remplacer le personnel partant à la retraite et l’augmentation réelle fut de 20 par an seulement. En Essonne, l’effectif est stable.

Le centre de Bures sur Yvette

Créé en 1960, il est le plus grand des quinze que compte la DDPJJ de l’Essonne.

A l’origine c’était un " centre d’observation publique ", un COP : les jeunes étaient observés pendant une période de trois mois pour pouvoir définir de façon fine la meilleure façon de les aider ; mais, faute de trouver les institutions adaptées à leurs besoins, le COP gardait ces jeunes trop longtemps. Cette formule de COP a donc été abandonnée. Puis le centre a pris les dénominations de COPES (COP de l’éducation surveillée) puis de ISES, institution spécialisée de l’éducation surveillée. Aujourd’hui, c’est un CAE, centre d’action éducative, dénomination générique qui recouvre des centres dont les modes d’action sont différents.

Le CAE de Bures sur Yvette a plusieurs fonctions, avec cinq pôles de compétence dont trois sont localisés dans le centre.

- Le foyer d’action éducative reçoit 10 garçons et filles de 14 à 18 ans, résidant 24 heures sur 24 sur une durée qui va de quelques jours à deux ans - quelques mois en général. Il garde toujours la possibilité de recevoir deux jeunes en accueil d’urgence, pour un durée d’un mois.

En un mois, les éducateurs du centre élaborent une propo-sition d’action éducative qu’ils soumettent au juge.

Dans le foyer, les deux catégories de jeunes (ceux qui ont besoin d’une protection et les jeunes délinquants) font partie des mêmes groupes et suivent le même cursus ; c’est un choix politique qui se traduit dans la loi, c’est aussi un choix pédagogique. Le CAE évite, bien sûr, des situations qui pourraient être délicates mais M. Camors fait remarquer que dans la vie courante jeunes en difficulté et jeunes délinquants vivent effectivement dans les mêmes lieux. 

Pour ces dix jeunes il faut sept éducateurs, dont trois sont présents en même temps, 2,5 agents techniques d’éducation en équivalents temps plein, dont un veilleur de nuit et une partie du temps du directeur.

On trouve en Essonne trois autres foyers, dont un à Draveil et un à Evry.

- Le centre de jour reçoit 22 jeunes qui viennent tous les matins passer la journée (de 9 heures à 16 heures) pour des stages de quatre mois. Ces jeunes sont en grande difficulté ; ils ont quitté l’école depuis longtemps. Le CAE a cherché comment les intéresser ; il a élaboré deux cycles pédagogiques qui prennent appui sur des thèmes auxquels les jeunes s’intéressent : le permis de conduire d’une part, l’environnement d’autre part. Sur le premier thème, le centre reçoit des jeunes de 18 à 22 ans, sur le second, des jeunes de 16 à 18 ans. Il arrive que le centre reçoive un jeune de moins de 16 ans mais c’est l’exception puisque les jeunes de moins de 16 ans sont sous la responsabilité de l’Education nationale. A partir de ces thèmes, le programme aborde le français, l’arithmétique (une vitesse, une distance de freinage, l’évolution d’une population d’oiseaux), la physique (une alcoolémie, une teneur en polluant) ; on fait du travail manuel pour réaliser des poteaux indicateurs qui guideront des promenades dans un espace naturel ou pour faire ou une fontaine ou un cadran solaire etc.

L’encadrement de ce centre de jour est fait d’un éducateur, de deux professeurs pour chaque cycle et d’un emploi jeunes. Selon M. Camors, il manque une personne.

Les enfants qui participent à ces stages du centre du jour viennent des missions locales ou des clubs de prévention ou sont des jeunes placés " en milieu ouvert " auprès de familles d’accueil.

Un entretien d’évaluation se tient après le premier mois ; l’enfant est invité à y prendre une part active en exprimant ce qui l’intéresse, comment lui-même évalue son comportement et quels sont les progrès qu’il entend accomplir.

- Un pôle d’activité physique et sportive est un " centre de ressources " qui peut recevoir ensemble 15 jeunes qui relèvent d’autres centres : ils y trouvent des installations sportives très diversifiées et un encadrement : sports individuels et collectifs, salle de musculation, tir à l’arc, sports de combat, hand ball, volley ball et même un terrain de football aux dimensions réglementaires. Une option équitation sera bientôt ouverte en liaison avec un centre équestre voisin. Le CAE organise aussi des stages de quelques jours.

Par ailleurs, le CAE de Bures a

- un " restaurant d’application ", " les trois fourneaux ", créé selon une convention entre la PJJ, l’Education nationale et la commune, pour une vingtaine de jeunes de plus de 16 ans dont la moitié travaille en salle et la moitié en cuisine - ce type de centre, qui œuvre selon une stratégie de formation, pourrait utilement recevoir des enfants plus jeunes.

- un " restaurant d’insertion ", le Plan, à Ris Orangis, une entreprise d’insertion qui a onze postes de travail, dans une stratégie d’apprentissage sur le tas.

Au total, le CAE de Bures reçoit près de 80 jeunes avec 48 personnes relevant de la DPJJ à qui il faut ajouter l’encadrement des associations qui sont responsables des jeunes vivant en milieu ouvert.

Au sujet de l’éducation des jeunes en difficulté

La fugue 
Si le jeune veut fuguer, il le peut. Certes, le centre a un veilleur de nuit ; mais il ne s’est pas organisé pour éviter les fugues car cela n’entre pas dans sa mission. Le centre accompagne des évolutions en dent de scie : pendant le premier mois, les risques de fugue sont plus grands ; s’ils persistent au-delà, il faudra trouver autre chose pour ce jeune, un centre d’éducation renforcée avec séjour de rupture par exemple. M. Comors témoigne très nettement que la prison en détention provisoire est néfaste. Elle est sans doute nécessaire, après jugement, dans certains cas ; elle donne rarement de bons résultats. On rappelle que les internats fermés ou été supprimés par M. A. Peyrefitte. La question se pose néanmoins d’éviter les fugues de jeunes qui sont la cause de graves désordres dans leur quartier. Un membre de la délégation cite ce que M. Rosenczweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, appelle des structures " contenantes ", non pas physiquement fermées mais organisées de façon que les fugues soient très difficiles. 
Les moyens sont-ils suffisants ?
Les éducateurs de justice avaient à suivre il y a peu jusqu’à 60 jeunes placés en milieu ouvert ; aujourd’hui la norme est de 25 jeunes, ce qui est mieux, mais encore beaucoup. Et cette amélioration n’a pas résorbé les listes d’attente. En Essonne, 40 à 50 jeunes sont en liste d’attente c’est à dire que la décision prise par le juge de placer un enfant ne peut être réalisée que plusieurs mois plus tard.

Quant aux moyens de la PJJ en Essonne, M. Comors estime qu’ils sont suffisants. Pourtant à la question " comment se fait-il qu’il y ait encore en ville tellement de jeunes qui mettent un désordre insupportable ? " il répond que les centres ne peuvent pas en quelques mois réparer les dégâts d’un défaut d’éducation de plusieurs années. Nous avons donc constaté que si l’on demandait à la PJJ de prolonger son action d’éducation, ses moyens seraient largement insuffisants. On a aussi noté que le recrutement annoncé de 2000 éducateurs ne s’est pas traduit pas une augmentation des effectifs.

Des familles d’accueil
Pour les vacances, les jeunes suivies par la PJJ reviennent près de leurs parents sir le juge donne son accord ou bénéficient de séjours organisés par le centre. Mais de façon générale, il manque de familles qui accueillent ces jeunes pendant les vacances ou les samedis et dimanche (la PJJ rémunère l’accueil des enfants et prend en charge les assurances).

 
 
Les conditions dans lesquelles ces visites ont été réalisées

L'éducation des jeunes est pour notre société un enjeu de la plus haute importance où le rôle de la commune est grand. Lorsque cette éducation fait gravement défaut, il peut être difficile de remettre les jeunes sur les rails. En tous cas cela demande un gros efforts.

La direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) dispose de centres d'éducation, les centres d'action éducative, CAE. Pour les jeunes les plus difficiles, délinquants récidivistes, l'encadrement éducatif est renforcé ; ce sont les centres d'éducation renforcée, CER. La commune a un rôle important à jouer, par la prévention "primaire" pourrait-on dire, c'est à dire, aux côtés des parents, l'animation des enfants et des adolescents dès le plus jeune âge. Elle doit aussi réunir les conditions qui permettent aux éducateurs spécialisés financés par les Conseils généraux d'avoir une action efficace ; elle peut aussi décider de financer elle-même des éducateurs spécialisée.

Pour mieux appréhender ces questions, il nous a donc paru nécessaire de visiter un CAE et un CER. C'est ce que nous avons demandé à la directrice départementale de la protection judiciaire de la jeunesse, que nous remercions d'avoir répondu positivement.

La directrice ayant informé la municipalité de ce projet, l'adjointe au maire chargée de la sécurité a organisé une visite du CAE de Bures sur Yvette à l'intention de l'ensemble de la commission municipale concernée. Nous en avons fait un compte rendu.

La visite du CER, dans les bouches du Rhône ne pouvait se faire de la même façon : il est éloigné et il convenait d'éviter de perturber son fonctionnement par une visite en nombre.

Dès que la directrice lui a donné son feu vert, Henri Prévot en a informé l'adjointe au maire et a proposé au maire que celle-ci l'accompagne dans ce qui aurait été une "délégation spéciale". Le maire a refusé, refusant du même coup que les frais de déplacement soient pris en charge par la commune. Henri Prévot a donc fait le déplacement seul et à ses frais. Chacun appréciera l'attitude du maire à sa juste valeur.

Quoi qu'il en soit, le compte rendu de ces visites est à la disposition de tous, notamment de la municipalité.