Agitation des jeunes en novembre 2005


Quelques expressions du malaise - ce que nous disent des rapeurs

L'agitation des jeunes dans la première quinzaine de novembre a conduit à des exactions insupportables, inadmissibles et qui doivent être punies. Les causes en sont nombreuses et profondes ; nous en voyons plusieurs : la perte d'autorité et, en conséquence, le manque de repères (valeurs, buts, sens des limites), l'absence ou l'insuffisance du sens de l'effort (on veut tout tout de suite), et aussi le goût du jeu (les records, faire parler de soit).

Il y a aussi - on aurait grand tort de ne pas le voir - le sentiment d'être mal considéré, le sentiment d'une discrimination, le sentiment de ne pas être aimé. Ce sentiment est parfois excessif mais souvent fondé. Comme le font souvent les enfants, les casseurs ont réagi à ce sentiment en se comportant d'une façon excécrable, comme pour donner raison à ceux qui auraient d'eux une mauvaise opinion : se rendre très désagréable pour attirer l'attention en espérant se faire aimer, tous les parents ont connu ces réactions chez leurs enfants.

Autorité (avec s'il le faut de la sévérité) et amour : voilà ce qui se vit (ce qui devrait se vivre) dans toutes les familles ; voilà ce dont notre société devrait aussi se montrer capable envers tous ces jeunes quelle que soit leur origine, qui sont dorénavant français, qui sont donc NOS enfants.

Nous pouvons donc lire comme une expression de leur malaise de que disent les rapeurs qui ont, auprès d'eux, le plus de succès - encore une fois il ne s'agit surtout pas de dire que les rappeurs nous décryptent complètement les causes du malaise ; mais on ne peut leur nier d'en exprimer certaines.

Nous recopions ci-dessous des textes parus dans Libération le 14 novembre 2005

Kool Shen : "Quelle chance, quelle chance d'habiter la France / Dommage que tant de gens fassent preuve d'incompétence / Dans l'insouciance générale les fléaux s'installent - normal / Dans mon quartier la violence devient un acte trop banal / Alors va faire un tour dans les banlieues / Regarde ta jeunesse dans les yeux toi qui commandes en haut lieu / Mon appel est sérieux non ne prends pas ça comme un jeu / Car les jeunes changent, voilà ce qui dérange". (Le monde de demain, NTM 1991)

Joey Starr : "Combien de temps tout ceci va encore durer / Ca fait déjà des années que tout aurait dû péter / (...) La guerre des mondes vous l'avez voulue, la voilà / Mais qu'est-ce , qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu ? Mais qu'est-ce qu'on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ? /(...) Où sont nos repères ? Qui sont nos modèles ? De toute une jeunesse vous avez brûlé les ailes / Brisé les rêves, tari la sève de l'espérance". (Qu'est-ce qu'on attend? NTM 1995)

Oxmo Puccino : "Même si on est quinze mille dans le hall, à fumer, à boire pour oublier notre galère, en fait on est tout seul, mec.(...) Et puis à l'école demande à chaque mec des cités : "t'as quoi comme diplôme ?" Il va te sortir : "J'ai un BEP moi" (...) Il y en a combien de millionnaires en BEP ? Tu vas voir la conseillère d'orientation, elle te sort : "J'ai un bon plan pour vous : faites un BEP chaussures". Les gens, ils m'ont attendu pour marcher ? Alors elle va faire : "Un BEP chaudronnerie ?" Chaudronnier, tu crois que je vais faire quoi avec un chaudron ? (...) Tu sais que deux jeunes sur trois ont un gun dans les cités, un sur six a un fusil à pompe et ça peu de gens le savent." (Peu de gens le savent, 1998).

Tandem : "Si t'as fait de belles études / C'est mieux qu'une grosse peine, sais-tu ? / Que faire du bitume, c'est voir des frères qui s'entubent ou qui s'entretuent / Enculé moi j'ai grillé ton plan macabre / Plus de jeunes à la morgue ca fait moins de jeunes à la barre / La vie qu'j'ai, tu la connais par coeur vu qu'c'est partout la même/ J'baiserai la France jusqu'à c'qu'elle m'aime". (93 Hardcore, Tandem 2005)

Disiz La Peste : "J'étais un jeune de banlieue/ Maintenant je vends des disques et des films /(...) /Tous ceux qui me parlent avec condescendance / Qui croient faire des blagues toutes péraves / On n'a pas le même sens / Ni de l'humour ni de l'amour / Et pour la France peu importe ce que je ferai / A jamais dans sa conscience / Je serai qu'un jeune de banlieue." (2005)

Psy4 de la Rime : "Le monde est stone / ils veulent nous anesthésier l'esprit / nous disent que le paradis est ici / Le monde est stoooooone / On avance technologique au lieu d'soigner nos hémorragies." (2005)