Lu dans la presse 13 décembre 2002 au 17 avril 2003

    retour au sommaire des revues de presse

L'islam en France 
    Enquête sur ces musulmans qui inquiètent : l'UOIF
    "Comment nier le choc Islam-Occident ?" par Hubert Védrine.
    Résultats des élections au Conseil français du culte musulman, CFCM.
    Un entretien avec Luc Ferry

Les tensions identitaires, racisme
    L'éducation nationale s'inquiète de la montée des tensions identitaires
    2002 : le racisme progresse.

La bioéthique, le clonage
    "Eloge de la reproduction naturelle" de Luc Montagnier 
    Le clonage : débat au Sénat, le 29 janvier
    Clonage : la position du Comité consultatif national d'éthique (CCNE)

La sécurité,  la délinquance juvénile
    La police de proximité remise en question
    Les principales dispositions de la loi Sarkozy
    Les premiers centres éducatifs fermés prêts à accueillir des mineurs 

L'éducation des jeunes
    Absentéisme scolaire : un dispositif mesuré
    Un entretien avec Luc Ferry
    Cantines scolaires

Urbanisme
    La modification de la loi SRU du 13 décembre 2000
    La pénurie de logements sociaux s'aggrave en Ile de France

Divers
    
    Code des marchés publics
 
 

Le Monde le 13 décembre 2002

Enquête sur ces musulmans qui inquiètent, l'UOIF

Devenue la plus puissante fédération de la communauté, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) est désormais un des interlocuteurs du gouvernement. Très active dans les domaines de la vie sociale, elle se voit reprocher ses liens idéologiques avec les Frères musulmans.
Nicolas Sarkozy l'a quasiment adoubé en faisant de l'UOIF un des trois piliers du futur Conseil français du culte musulman. L'UOIF possède directement une trentaine de mosquées et en contrôle indirectement 150 à 200, soit sensiblement le même nombre que la Mosquée de Paris. la force de l'UOIF réside dans son réseau d'associations, oeuvrant dans tous les domaines de la vie sociale et fonctionnant sur un mode pyramidal. L'association est elle-même une filiale de l'Union des organisations islamiques d'Europe présidée par une Anglais d'origine irakienne et assistée d'un Conseil européen de la fatwa. Ce conseil, formé de 29 savants est chargé d'émettre des avis juridiques sur les questions liées au statut des musulmans en Europe : la "jurisprudence de minorité". L'UOIF revendique des liens avec 200 associations, partenaires, amies ou sympathisantes. Parmi elles les Jeunes musulmans de France (JMF), les Etudiants musulmans de France (FMF), la Ligue française de la femme musulmane, le Comité" de bienfaisance et de secours à la Palestine. L'association Avicenne regroupe les médecins, l'association "Les imams de France" les religieux. L'institut européen de sciences humaines de Saint-Léger de Fougeret dans la Nièvre, a pour mission de former les imams. On assiste donc à un maillage du tissu musulman qui correspond à une vision globalisante de l'islam conforme à l'idéologie des Frères musulmans.
C'est l'affaire du voile islamique qui propulse l'UOIF sur le devant de la scène médiatique quand en octobre 1989, le président et le secrétaire de l'UOIF rendent visite à E. Chenière, principal du collège de Creil pour le convaincre de réintégrer les trois jeunes filles voilées. Ils adressent aussi une lettre au premier ministre M. Rocard, pour lui expliquer que le Coran impose le port du foulard. A cette époque, l'UOIF a cherché à se rapprocher des autres organisations musulmanes, mais en 1993 son secrétaire général Abdallah Ben Mansour démissionne car sa ligne unitaire est contestée. il est remplacé par le "clan des Bordelais" le président Thami Breze et le secrétaire général Fouad Alaoui, le premier titulaire d'un DEA en sciences politiques, le second docteur en neuro-psychologie. La plupart des dirigeants de l'UOIF n'ont pas fait d'études religieuses, sauf Ahmed Jaballahn qui a fréquenté la Zeituna, l'université de théologie de Tunis. les autres références religieuse se trouvent à l'étranger, des personnalités liées de près ou de loin à l'organisation internationale des Frères musulmans : un prédicateur vedette de la chaîne Al Jazira, le président du parti légaliste Hams en Algérie, le responsable de la Jamaya'a islamiyya au Liban, et, jusqu'à sa mort en novembre 2002, le chef des Frères musulmans, Moustafa Machbour.

D'après M. Meskine, imam tunisien de la mosquée de Clichy sous bois, "l'UOIF est une branche des Frères musulmans ; pourquoi ses responsables ne le disent-ils pas ?". Dans les faits, les liens structurels entre l'UOIF et les Frères musulmans sont inexistants. Les liens sont bien réels mais informels : le secrétaire général rencontre régulièrement l'"ambassadeur itinérant" des Frères musulmans, le Syrien Al-Houweidi. Les catégories courante de "fondamentalisme" ou d'"intégrisme" ne conviennent pas pour qualifier ce mélange de rigueur religieuse et de modernisme qui caractérise un mouvement comme l'UOIF. Dans les mosquées qu'elle contrôle, le sermon est prononcé en français. Son leitmotiv est de "contextualiser" l'islam, c'est à dire de vivre au mieux la totalité de l'islam, en négociant avec le milieu environnant. Et Fouad Alaoui se fait fort de démontrer que l'UOIF et le meilleure rempart contre des dérives radicales comme le salafisme.
 

le Monde du 22 janvier 2003

"Eloge de la reproduction naturelle" de Luc Montagnier 

Toutes les données scientifiques dont nous disposons actuellement indiquent que l'énorme complexité des être vivants, y compris l'homme, résulte, depuis l'origine de la vie de la Terre, de l'accumulation progressive d'inventions au niveau moléculaire et supramoléculaire. (…) Nous humains bénéficions ainsi d'une expérience vieille de 3,5 milliards d'années. C'est notre patrimoine génétique, notre bien commun que nous transmettons de génération en génération (…) .Ce n'est pas parce que nous avons appris récemment un certain nombre de choses sur la nature de notre patrimoine génétique humain et sa transmission que nous devons faire sur lui des bricolages aux conséquences imprévisibles et incalculables. (…) La reproduction sexuée s'est imposée chez les être vivant les plus complexes parce que c'était le meilleur système pour à la fois conserver ce patrimoine et permettre son évolution devant les conditions changeantes du milieu (…). (En cas de manipulation génétique ) on ignore les effets à très long terme de telles opérations sur la descendance de ces animaux. en effet le danger ne vient pas des très grands défauts dans le génome. Ceux-ci sont éliminés par la mort spontanée de l'embryon et l'avortement. mais des modifications plus subtiles, portant sur le système nerveux, le comportement, l'apparition de cancers, ne pourront être détectées que par un suivi portant sur un grand nombre de générations issues du "clone" de départ. En fait ce n'est pas un clone mais un copie biologique, un jumeau décalé qui, peut-être mourra avant moi d'un cancer ou d'une maladie du cerveau. Face au désir d'enfant, il faut faire comprendre qu'actuellement cette approche n'est pas maîtrisée, qu'elle constitue un risque d'avortement tardif à répétition chez la mère porteuse. (…). tandis qu'il faut continuer les recherches chez les animaux - y compris les primates - je joins ma voix à tous ceux qui veulent interdire la reproduction humaine par cellules somatiques, dites "clonage reproductif" et cela au nom du futur de l'humanité. Comment parvenir à cette interdiction ? Il faut aboutir à un large consensus international (…) Si le prix à payer pour obtenir un consensus général d'interdiction du clonage reproductif est d'y ajouter l'interdiction, au moins provisoire du clonage thérapeutique, alors il faut accepter ce prix.. bien sûr une telle mesure n'empêchera pas des activités frauduleuses. il faudrait donc ajouter une barrière éthique avec sanctions contre tout chercheurs contrevenant. (…) Et vie la reproduction naturelle !
 

Le Monde du 31 janvier 2003

Le clonage : débat au Sénat, le 29 janvier 

Le ministre de la santé et la ministre de la recherche n'ont pas suivi les sénateurs qui souhaitaient condamner de la même manière le clonage reproductif et le clonage thérapeutique. "Nous voulons interdire de manière formelle le clonage reproductif et interdire, sans le placer au même niveau, le clonage thérapeutique" - une formule critiquée par G. Barbier (RDSE) : "Que penser de cette distinction entre interdiction formelle et interdiction tout court ?". Justifiant la distinction et indiquant que le clonage reproductif relevait du code civil et le clonage thérapeutique du code de la santé publique, M. Mattei a répété les raisons qui lui font refuser d'autoriser le clonage thérapeutique : l'absence d'expérimentation animale suffisante, le risque de voir se développer un "marché des ovules" et le fait qu'il constitue une étape préliminaire pour le clonage reproductif. Néanmoins, "nous avons besoin de comprendre ce qui se passe" au cours des premières étapes de développement de l'embryon, "de comparer aux cellules souches adultes" les cellules embryonnaires. "rien n'est fermé" a conclu le ministre.

Le Monde, le 4 février 2003

Urbanisme : modification de la loi SRU du 13 décembre 2000

Le projet de loi adopté par les députés le 29 janvier remet en question certaines dispositions de la loi Solidarité et renouvellement urbain (loi SRU) du 13 décembre 2000. Selon la SRU les POS doivent être remplacés par des PLU qui doivent inclure des objectifs de mixité sociale et de cohérence au sein des agglomération. Seule une vingtaine de POS out été transformés ; la date butoir est reportée de 2004 à 2006. La loi SRU interdisait que les POS imposent une taille minimale de terrain à bâtir ; les députés viennent de rétablir cette possibilité à condition qu'elle soit motivée par "la préservation de l'urbanisation traditionnelle ou l'intérêt paysager de la zone considérée". Autre point sensible : la possibilité de construire sur une parcelle issue de la division d'un terrain déjà bâti. La loi SRU a permis qu'elle soit intégralement constructible, sans tenir compte des bâtiments édifiés avant la division. Les députés ont décidé de revenir à l'ancien système et de permettre aux maires de contrôler l'usage de ces terrains. Le plan d'aménagement et de développement durable, le PADD, qui présente les options générales de la commune en matière d'urbanisme ne sera plus "opposable aux tiers" et restera un simple document d'orientation.
 
 

Le Monde le 14 février

Les principales dispositions de la loi Sarkozy : les policiers vont pourvoir procéder plus facilement aux contrôles d'identité, car le motif ne sera plus "un indice faisant présumer" qu'une personne a commis ou va commettre une infraction mais "une raison plausible de soupçonner". Les officiers et agent de PJ pourront conduire des perquisitions informatiques, procéder à la fouille de voiture en cas de vol ou des soupçons ; ils ne seront pas  obligés de rappeler au prévenu son "droit au silence". Il en coûtera de s'en prendre aux policiers ainsi qu'à "toute autre personne dépositaire de l'autorité publique" ou chargée d'une mission de service public (élu, avocat, pompier, gardien d'immeuble etc.) voire à leurs proches. Proférer des menaces ou des insultes peut coûter deux ans de prison et une amende de 30 000 euros. Outrager publiquement le drapeau ou l'hymne national est passible d'une amende de 7500 euros et, si le fait est commis en réunion, six mois d'emprisonnement. les regroupements de jeunes dans les halls d'immeuble et dans les cages d'escaliers seront sanctionnés en cas de voies de fait, de menaces ou d'entrave à la circulation par deux mois de prison et 3750 euros d'amende. Les campements sauvages seront punis de 3750 euros d'amende et de la confiscation des véhicules à l'exception de ceux destinés à l'habitation et retrait du permis de conduire sur tout terrains sauf sur les terrains appartement à des communes qui ne respectent pas la loi Besson sur les terrains d'accueil des gens de voyage. La loi incrimine aussi "l'exploitation de la mendicité" c'est à dire le fait d'organiser la mendicité ou de s'en partager les fruits. Elle incrimine également le fait de demander de l'argent "en réunion et de manière agressive" ou "sous la menace d'un animal dangereux" (six mois de prison et 3750 euros d'amende". Les fichiers de police et de gendarmerie pourront communiquer et seront étendus à toute personne apparaissant dans les enquêtes en cas "d'indices ou d'éléments graves et concordants". L'objectif est de répertorier 600 000 empreintes digitales (contre 2100 aujourd'hui).

Le Monde le 19 février 2003

La police de proximité remise en question 

Une circulaire de N. Sarkozy et datée du 24 octobre 2002 donne la priorité aux missions d'investigation et d'interpellation alors qu'elle prévoit d'adapter les modalités de la mise en œuvre de l'organisation de la police de proximité. le ministère de l'intérieur envisage ainsi de réaffecter au seul maintient de l'ordre public des effectifs jusque là également consacrés à la prévention. "Pieux vaut une patrouille supplémentaire de la BAC la nuit qu'une patrouille de la police de proximité entre 11h et 13 heures quand il ne se passe rien" assure un proche de N. Sarkozy. Dans l'Essonne, sur environ 400 fonctionnaire de la police de proximité, une cinquantaine a été réaffectée. Le directeur départemental, Jean-Jacques Moniez dit que "la mission de la police de proximité a été revue dans un sens répressif. La simple recherche de visibilité et de proximité ne suffit plus, il faut des résultats". Pour M. Chevénement "la police de proximité même la répression et la prévention. Oublier le deuxième aspect n'aboutit qu'à dramatiser les rapports entre les jeunes des cités et ceux qu'ils appellent les 'keufs'". Les syndicats ont un avis mitigé : "oui à la police de proximité pour réinsérer la police dans le tissu social, mais pas pour faire n'importe quoi ! Le contact avec la population ne consiste pas à organiser des matches de football. On n'est pas là pour faire du social."
 

Le Monde le 24 février 2003

Clonage : la position du Comité consultatif national d'éthique (CCNE)

Pour le président du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), "la question de l'embryon ne relève pas de la science mais de l'humanité". A la question posée au CCNE au sujet du clonage thérapeutique, le courage serait sans doute de dire que nous n'avons pas de réponse. (…) Le rôle d'un comité d'éthique est perpétuellement de demander à la science de fournir de données fiables, honnêtes mais pas plus. Il n'y a aucune raison pour qu'un juriste ou un philosophe ait un moins bon raisonnement qu'un scientifique sur ces questions. De même nous devons demander aux spiritualistes de ne pas passer leur temps à évaluer les scientifiques. 

Le Monde le 26 février 2003

Les municipalités tentent d'améliorer la qualité des cantines scolaires.

Le Monde du 28 février 2003

"Comment nier le choc Islam-Occident ?" par Hubert Védrine.

Comment le nier alors qu'il se manifeste de mille façons, que ses racines plongent profondément dans l'histoire, que les extrémistes spéculent sur lui, et qu'une guerre en Irak, la privation de toute espérance pour les Palestiniens, le terrorisme islamique et l'ubris américaine peuvent le faire dégénérer ? ON a caricaturé Samuel Huntington, comme s'il avait préconisé cette affrontement alors qu'il prévenait d'un risque. Sa formule de "clash des civilisations" heurte ou fait peur (…) et pourtant toutes (les) dénégations bien intentionnées ne conjurent rien. les éléments d'un clash sont à l'œuvre de part et d'autre. D'abord dans le monde musulman (…). Aujourd'hui le cocktail des rancoeurs, des ignorances croisées et des peurs symétriques reste explosif. (…) Une immense majorité de musulmans honnit l'Occident, son mépris son hégémonie, ses diktats, son cynisme au Proche Orient, tout ce qu'exploitent sans relâche les islamistes, qui inondent leurs fidèles de prêches haineux, et les terroristes qui se nourrissent de ces rancoeurs. On peut rétorquer en soulignant les responsabilités musulmanes, le fiasco politique et social des régimes arabes. Cela ne change rien au problème. Les Occidentaux d'aujourd'hui sont sincèrement convaincus de la valeur universelle, c'est à dire de l'absolue supériorité, de la démocratie occidentale sur tous les autres systèmes de valeur et de l'urgence de sa propagation. C'est un fait. face à ce sentiment d'une "mission civilisatrice", il ne voit pas de vraie contestation de principe. Pour éviter la confrontation, d'abord ne pas nier le risque, parler entre politiques, religieux intellectuels "des deux rives", combattre en nous-mêmes l'arrogance, se méfier des nombreuses fausses bonnes raisons de recoloniser l'ancien tiers-monde, imposer la création d'un Etat palestinien, (…) intégrer mieux les musulmans d'Europe sans transiger quant aux principes fondamentaux de nos sociétés. Il n'y aura pas de communauté internationale tant que nous n'aurons pas écarté le spectre d'un affrontement Islam-Occident, tant que nous n'aurons pas u lui ôter toute justification et lui substituer une autre vision, partagée, de l'avenir de l'humanité en nous libérant des siècles qui nous pré-déterminent.

Le Monde de 28 février 2003

L'éducation nationale s'inquiète de la montée des tensions identitaires

Le ministre s'est récemment inquiété de l'importation du conflit israélo-palestinien à l'école. Jack Lang s'est récemment prononcé pour l'interdiction légale du port du foulard à l'école. Un professeur se dit préoccupé par le langage "mal maîtrisé" de ses élèves "ils traînent un vocabulaire insultant et agressif dot ils ne comprennent pas la portée. J'entends dire à des élèves noirs : 'retourne dans ta jungle". Ces expressions violentes sont devenues normales pour eux, or elles traduisent une inadaptation à la société". La même note que les élèves souffrent souvent de ne pas maîtriser la langue. Pour eux, l'ouverture des protes d l 'université à tout prix est un "miroir aux alouettes" "Nous donnons à ces jeunes titulaires des bacs professionnels l'autorisation d'y entrer et souvent d'échouer par e qu'ils ne sont pas armés au niveau du vocabulaire, de la rédaction et du style". L'installation d'antennes universitaires dans les quartiers n'a fait d'enfermer davantage ses élèves dans un ghetto  car ils n'ont plus la possibilité de changer de vie et d'attitude comme lorsque les campus éloignés les y poussaient".

Le Monde le 11 mars 2003

La pénurie de logements sociaux s'aggrave en Ile de France 

Un long article concernant la Seine St Denis ; la situation est la même dans toute la région. Ainsi cette remarque de DAL, Droit au logement : "Pourquoi y a-t-il autant d'appartements vides dans certaines cités ? Les problèmes de réhabilitation ou de remise en location entre deux occupants n'expliquent pas tout. La politique d'attribution des organismes HLM est vraiment à revoir."
 

Le Monde le 15 mars 2003

Les premiers centres éducatifs fermés prêts à accueillir des mineurs :

Pour les mineurs de 13 à 18 ans, deux CEF en Gironde et dans l'Allier sont ouverts, dix autres s'ouvriront avant la fin de 2003. Ce sont des petites structures où huit jeunes sont encadrés par une vingtaine d'adultes. La loi Perben du 9 septembre 2002 avait modifié l'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante. Les jeunes seront placés dans les CEF soit dans le cadre d'un contrôle judiciaire soit après condamnation assortie d'un sursis avec mise à l'épreuve. Si les jeunes violent les obligations posées par le juge, en fuguant par exemple, ils pourront être envoyés en prison. Face à l'hostilité du milieu de la prévention spécialisée, le ministère s'est tourné vers le milieu associatif, notamment l'Union nationale des associations de sauvegarde de l'enfance, de l'adolescence et de l'adulte, Unasea : 750 foyers, 25000 travailleurs sociaux prenant en charge 250 000 enfants et adultes. C'est elle qui avait pris en charge les six premiers UEER de J. Toubon, devenus CER sous la gauche. Le coût de prise en charge des CEF est très élevé : 600 euros par jour et par mineur, soit 5 à 6 fois plus qu'une journée de détention pour mineur. Donc, ces centres "fermés" ne le sont pas. Il en existera, sous le régime pénitentiaire, les établissement pénitentiaires spécialisés pour mineurs, EPSM. Il est prévu d'en construire huit qui recevront chacun 50 à 60 mineurs de façon très stricte avec le concours d'éducateurs de la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse).

Le Monde le 27 mars 2003

Absentéisme scolaire : un "dispositif mesuré", titre le journal Le Monde.

Une amende possible de 750 euro pour sanctionner les parents qui laissent leur progéniture sécher les cours - c'est beaucoup moins lourd que la suspension ou la suppression des allocations familiales, disposition en vigueur aujourd'hui, mise en œuvre près de 3000 fois sur l'année scolaire 2001-2002 mais critiquée car trop lourde et qui sera supprimée. Et le gouvernement s'engage à installer dans chaque département des cellules de soutien aux pères et aux mères de famille en mal d'autorité afin de les aider à remettre leurs enfants sur la voie de l'école. Avant l'application de la sanction, les parents seront avertis par le chef d'établissement puis, s'il le faut, assistés dans leur tâche d'éducateur. Puis, possibilité d'une amende de 750 euros et, seulement dans les cas très graves, application de l'article 227-17 du code pénal : pour défaut d'éducation, jusqu'à deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.

Le Monde, le 29 mars 2003

2002 : le racisme progresse

Selon un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, 313 violences contre les personnes et les biens, c'est le chiffre le plus élevé depuis 1992, deux fois plus qu'en 2000. Et ce sont des actes plus graves : 38 blessés et un mort. Près de 1000 gestes menaçants, graffiti, tracts, injures et intimidations. Contre les maghrébins 169 actes ont été commis. Les violences antisémites arrivent en tête avec 193 actes, six fois plus que l'année précédente, 62 % des actions recensées, 74 % des menaces. Après une forte poussée en 2000 due à la seconde intifada, l'année 2001 avait été calme ; en 2002 c'est un "brutal accroissement", en relation avec les attentats suicides : certains des auteurs originaires de quartiers sensibles et connus pour des délits de droits commun ont prétendu s'identifier aux Palestiniens. La Commission exprime sa "grande inquiétude pour les prochains mois". Seule note positive du rapport, un sondage sur l'opinion publique a livré des résultats "plutôt encourageants" : 54 % de la population estime qu'"il n'y a pas trop d'étrangers en France" et 89 % répondent que "les Français juifs sont des Français comme les autres". Mais 51 % estiment qu'"il y a trop d'immigrés". Seuls 48 % des Français se disent prêts à signaler un comportement raciste à la police. Plus de 10 % des violences signalées au ministère de l'Intérieur sont commises en milieu scolaire : "cette incursion du racisme dans les écoles exige une vigilance de tous les instants, un rappel très ferme à la loi". Le Premier ministre a dit combien il est déterminé à lutter contre cette montée du racisme. la Préfecture de police de Paris a annoncé la constitution d'une équipe spécialisée au sein de la police judiciaire pour "suivre systématiquement toutes les plaintes relatives à des faits de racisme et d'antisémitisme".
 

Le Monde, le 15 avril 2003

Résultats des élections au Conseil français du culte musulman, CFCM

Le CFCM sera l'interlocuteur des pouvoirs publics pour tous les problèmes liés à l'exercice du culte : construction de mosquées, abattage rituel, carrés musulmans dans les cimetières. Ce scrutin qui a connu un taux de participation de 85 %, a été marqué par le succès de l'islam marocain : la FNMF obtient 16 des 41 sièges au conseil d'administration. Liée à l'Algérie, la Mosquée de Paris obtient 6 sièges seulement mais se verra confiée la présidence selon un accord passé avant les élections. L'UOIF (Union des organisations islamiques de France), proche des Frères musulmans, obtient 14 sièges et le Comité de coordination des musulmans turcs de France, CCMTF, 2. Le CFCM représente 4 à 5  millions de musulmans, 4000 grands électeurs représentant 995 lieux de culte. Les grands électeurs ont aussi élu les conseils d'administration et les bureaux des Conseil régionaux du culte musulman (CRCM), interlocuteurs des élus locaux. Toutes ces questions se traitent en premier lieu à l'échelle régionale. En Ile de France, le président de l'UOIF, Lhaj Thami Brèze paraît assuré d'être porté à la tête de la région. C'est une victoire pour cette organisation, pourtant faiblement implantée dans Paris et la petite couronne : ici comme ailleurs elle a joué à fond la carte des alliances.

Le Canard enchaîné, le 16 avril 2003

Sur la réforme du code des marchés publics

Le projet de loi sur la simplification administrative modifierait beaucoup le décret du 7 mars 2001 qui fixait le seuil au-dessous duquel les formalités pour la passation des marchés publics n'est pas obligatoires à 90 000 euros hors taxes, soit 600 000 euros. Le gouvernement prévoit de n'imposer les procédures d'appel d'offres qu'à partir de 155 000 euros HT pour les "marchés de fournitures et de services" de l'Etat, de 240 000 euros pour ceux des collectivités territoriales et de 490 000 euros pour les "opérateurs de réseaux" (eau, énergie, transports et télécommunications). Quant au seuil concernant les marchés de travaux, la mise en concurrence ne s'imposera qu'à partir de 6,2 millions d'euros. La réforme du code des marchés permettra en outre de saucissonner les marchés pour passer au-dessous des seuils et de créer de "nouvelles formes de contrats" échappant plus ou moins aux anciennes règles.

Le Monde du 17 avril 2003

"Lettre à ceux qui aiment l'école", Luc Ferry adresse son livre-programme à 800 000 enseignants  :  un entretien avec Luc Ferry

"Placer l'élève au centre du système est démagogique" dit-il. Beaucoup d'enseignants et de parents sont prêts à des évolutions. Combien de fois ai-je lu que "les" parents d'élèves ou "les" enseignants soutenaient telle ou telle grève alors qu'il s'agissait seulement de militants d'extrême-gauche qui sont bien loin de représenter la majorité.(…) Sur certains points - illettrisme, violence, échec au collège - la situation est tout simplement inacceptable. (…) Le budget de l'éducation nationale a augmenté de 38 % en dix ans mais personne ne peut dire raisonnablement que les résultats on suivi. (…). L'effet de 1968 a été une extraordinaire libération des individus par rapport au poids des héritages traditionnels (…). Il y a eu des effets positifs mais sur le plan scolaire, cela a tourné parfois au désastre car l'éducation n'est pas seulement expression de soi, mais aussi et peut-être même avant tout transmission de savoir traditionnels. Aucun d'entre nous n'a inventé la langue française, ni non plus les règles de la civilité et ce n'est pas un hasard si nous semble en difficulté si lourde dans ces deux domaines. Il faut avoir le courage de le dire pour commencer à y porter remède. (…)

Dans la loi de 1989, il y a de bonnes choses (…) mais le fait de placer l'élève au centre du système, par exemple est démagogique. (…) (Pour ramener "l'autorité" au sein de l'école) il nous faut d'abord revenir, contre les dérives communautaristes, aux principes de la laïcité qui fondent l'école républicaine. Nous devons ensuite comprendre pourquoi les sanctions anciennes en marchent plus et ne pas hésiter à en instaurer de nouvelles. Les classes et ateliers relais, par exemple, que nous mettons en place avec X. Darcos, vont dans ce sens. Mettre un surveillante derrière chaque élève, c'est paradoxalement une facilité, un renoncement à l'éducation. Il faut cesser de traiter seulement les effets pour s'attaquer aux causes de la violence. (…) La religion musulmane n'est ni antisémite, ni vouée en rien à l'intégrisme, mais en raison des événements internationaux, et notamment de la deuxième intifada, il y a eu chez certains jeunes une tentative radicale, avec, parfois, un certain nombre de dérapages inquiétants, ce qui montre le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH). (…) Il nous faut prendre acte de cette réalité et surtout ne pas la dénier à nouveau. Certains jeunes Français d'origine maghrébine vivent parfois, dans leurs établissements, un communautarisme de fait, bien loin des idéaux de la République.

Dans son livre, Luc Ferry dit qu'il serait injuste de ne voir que déclin dans les évolutions de l'école mais plusieurs "signes d'alerte lui font dire que, depuis les années 1990, la "dynamique marque le pas". Il dénonce le "scandale" de l'illétrisme, longtemps nié par les hommes politiques. La deuxième carence est "inacceptable" : 158 000 jeunes sont sortis en 2002 du système éducatif sans diplôme ni qualification. La troisième difficulté est "inquiétante" : plus de 80 000 actes graves de violence ont été signalés dans les établissements scolaires en 2002. La "racine du mal" se trouve dans l'exacerbation de l'individualisme, idéologie qui a causé des dégâts considérables. Le "jeunisme" constitue une dernière cible, c'est à dire" l'idée que le monde de l'enfance serait sur le plan culturel, auquel seul on se situe ici, égal voire supérieur à celui des adultes". Cette vision est "fausse" et "démagogique". Il ajoute : "on doit sortir de l'illusion que l'augmentation indéfinie et sans nuance des moyens suffit à résoudre toutes les difficultés".
 

retour au sommaire des revues de presse