Lu dans la presse en octobre et novembre 2002

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Sécurité, lutte contre la délinquance

- Loi Sarkozy : un appel unitaire dénonce la "guerre contre les pauvres"
- Décentralisation et sécurité : Marianne, en voit-on rien venir ?
- Répudier l'angélisme, par Philippe Bilger, avocat général près la cour d'appel de Paris
- M. Perben réaffirme la nécessité de la sanction pénale contre le cannabis.
- La condition des jeunes filles s'est dégradée dans les quartiers difficiles

Répondre aux difficultés de l'école

- Des "ateliers relais" devraient prendre en charge les collégiens "les plus turbulents" dès octobre.
- Face à la violence scolaire, M. Darcos veut "changer les mentalités"  : rouvrir les portes du savoir, donner une nouvelle légitimité à l'autorité, rechercher des réponses de proximité.
- Les enseignants doutent de l'école plus fortement que les parents
- Le "collège unique" au cœur des débats lors des élections professionnelles des enseignants

Société

- La condition des jeunes filles s'est dégradée dans les quartiers difficiles
- Islam : Un entretien sur l'Islam accordé par Dalil Boubakeur,
- L'allocation dépendance, casse-tête financier pour le gouvernement
- Pays-Bas, un "modèle" en crise 

Politique - autres questions

- Edouard Balladur : "L'empilement des structures administratives conduit à la confusion et au gaspillage"
- M. Devedjan (UMP) et M. Montebourg (PS) se font les avocats de deux visions différentes des institutions.
 
 
 

Le Monde du 22 octobre 2001

Loi Sarkozy : un appel unitaire dénonce la "guerre contre les pauvres"

Associations, partis de gauche et syndicats devaient rendre public, le lundi 21 octobre un appel unitaire contre certaines dispositions du projet d eloi contre la sécurité intérieure. Selon ce texte, lancé par la Ligue des droits de l'homme et signé notamment par le PS, le PCF, les Verts et la LCE, . Selon ce texte, le projet de loi "s'il était adopté, pourrait conduire à un Etat autoritaire et à réprimer tous ceux qui ont eu le malheur d'être rejetés au bord de la route". Et "si on continue à répondre uniquement en termes de plus ou moins de sécurité, on va droit dans le mur". plus loin : " Lutter contre l'insécurité, ce n'est pas désigner les pauvres comme boucs émissaires et faire de chacun de nous des citoyens soumis à l'arbitraire de l'Etat".

Commentaires : dire que la lutte contre l'insécurité est une "guerre contre les pauvres" est une belle sottise. L'insécurité touche beaucoup plus les pauvres que les riches ; plus grave encore : l'insécurité est un facteur de division de notre société car les "riches" trouveront toujours les moyens de s'en préserver, en vivant à l'écart de ceux qui n'en ont pas les moyens. On le voit de façon manifeste dans notre ville. Les habitants des pavillons (juste assez "riches" pour avoir un pavillon) ne veulent plus aller dans des quartiers où ils craignent de voir leur voiture abîmée ou de se faire agresser. Certes, la répression ne suffit pas. Mais il faut que les décisions de justice soient respectées, que les actes de délinquance soient sanctionnées et que les jeunes voyous soient éduqués. Tout autant qu'à l'Etat, la responsabilité de l'éducation, quand l'action des parents n'a pas été suffisante, incombe aux départements et aux communes.

Le Monde le 9 octobre

De Sebastian Roché, chercheur au CNRS au centre des recherche sur le politique, l'administration, la ville et le territoire

Décentralisation et sécurité : Marianne, en voit-on rien venir ?

"La droite va-t-elle rater en 2002 ce que la gauche a raté en 1982 ? La droite va-t-elle regarder la sécurité comme un mode à part et, une fois encore dans l'histoire des vingt dernières années, ne pas développer une vision de la société qui englobe la fiscalité, l'éducation, la sécurité, etc. ? (…) Il faut articuler prévention et répression avec ces autres missions essentielles du secteur public. La seule manière réaliste de traiter la sécurité - j'entends ici la sécurité du quotidien - consisterait à l'encastrer dans le projet de décentralisation. (…) Le déficit de vision stratégique d'Etat en matière de sécurité ne pourra être comblé par une législation pénale, quelle que soit la justesse des cibles qu'elle se donne"

Commentaires : il faut évidemment une politique cohérente de prévention et de répression. cela, à notre avis, n'implique pas que le maire ait dans ses mains toutes les responsabilités. On a trop vu, ici comme ailleurs sans doute, qu'il existe des "protégés du maire" pour être sûr de la parfaite neutralité des édiles locaux. D'autre part, l'action de la police et de la justice doit avoir une cohérence au plan national. Mais tout cela peut être discuté puisque la centralisation de la police pour la sécurité "au quotidien" date seulement de 1945. En tous cas, cette nécessaire cohérence peut être trouvée par une bonne coopération entre la ville, la police et la justice. Des instances existent : Plan local de sécurité, conseils locaux de sécurité (qui ont pris la suite des conseils communaux de prévention de la délinquance). A Ste Geneviève, jusqu'ici, ces instances n'ont pas fonctionné. Ce n'est certes pas la faute du gouvernement ni de la législation.
 
 

Le Monde le 28 septembre 2002

Des "ateliers relais" devraient prendre en charge les collégiens "les plus turbulents" dès octobre.

A la différence des classes relais, ces structures seront implantées en dehors des établissements scolaires afin d'éloigner provisoirement les élèves que en "perturbent le fonctionnement".

Le ministère prévoit de créer 50 ateliers-relais d'ici à juin 2003. Une convention entre le ministère de l'éducation et plusieurs associations - la Ligue de l'enseignement, les Cemea et les Francas, chargées de mettre en place le dispositif, devrait être signé au cours de la semaine prochaine. Ces ateliers relais seront systématiquement implantés en dehors des établissements scolaires : "un seul élève suffit parfois pour perturber le fonctionnement d'un collège. Nous pensons que, dans certains cas, pour redonner de la quiétude, il faut complètement sortir l'élève du collège". pour éviter que se constitue une filière spécifique, l'intégration dans les ateliers relais sera limitée dans le temps : pas plus de quatre semaines, période renouvelable trois fois au cours de l'année scolaire. L'admission de l'élève sera décidée par l'inspecteur d'académie après avis d'un groupe de pilotage. Les parents des élèves mineurs devront donner leur accord et "on cherchera dans la majorité des cas, l'adhésion des élèves". Les jeunes, dix au maximum par atelier, conserveront leur statut scolaire et seront encadrés par des enseignants. Les méthodes pédagogiques pourront varier, les objectifs concrets étant : "la relation avec les autres, le respect des horaires, la tenue et la propreté, l'acceptation de l'apprentissage.

Commentaires : cette nouveauté est tout à fait bienvenue : écarter le petit nombre de ceux qui créent du désordre pour les éduquer d'une façon adéquate et permettre à l'établissement de retrouver sa quiétude, le tout dans la perspective d'une réintégration - ce sont aussi les principes des centres d'éducation renforcée, applicables aux jeunes délinquants.
 

Octobre 2002 dans le Monde : 

Sécurité : répudier l'angélisme, par Philippe Bilger, avocat général près la cour d'appel de Paris

"Si l'on accepte de répudier l'angélisme et de place au premier rang de ses préoccupations la défense de l'intérêt social, il n'y pas d'autre solution que de donner aux forces de l'ordre, d'autorité et de justice - qui, on l'oublie toujours nous protège - les moyens d'assurer leur mission. Sur ce plan, on constate un surprenant paradoxe qui vise à créer une présomption de malfaisance du côté des défenseurs de la tranquillité publique, obligé de justifier en permanence la bonne utilisation virtuelle de leur légitime puissance. On ne s'interroge jamais, en revanche, sur la malfaisance réelle de ceux qui, Français ou étrangers, commettraient crimes et délits sur notre territoire. (…). On a fini, enfin, par écouter le peuple et non plus seulement ses élites réelles ou supposées. (…) A partir du moment où un consensus s'est trouvé sur la nécessité de donner à toute transgression une réponse adaptée, il convenait d'élaborer un dispositif pénal susceptible d'autoriser le interventions policières concernant les phénomènes collectifs suscités par la ville au quotidien : exploitation de la mendicité, mendicité agressive, squat des halls d'immeubles, etc. (…)

Inutile de souligner que ce nouveau dispositif pénal demeurera lettre morte si notre système d'exécution des peines reste ce qu'il est : un peu d'exécution pour beaucoup d'inexécution". (…) Autre poncif à écarter d'emblée : l'opposition entre répression et prévention. (…) L'amplitude de la puissance répressive exigera en contrepartie une condamnation sans faiblesse des fonctionnaires qui, imbus des droits que la démocratie leur a donnés, pourraient se révéler indifférents aux devoir qu'elle leur impose."

Le 26 octobre 2002

M. Perben réaffirme la nécessité de la sanction pénale contre le cannabis.

Un colloque de l'Assemblée a insisté sur les dangers du haschich alors que des spécialistes craignent un relâchement de la prévention de l'alcoolisme.

Finis la "permissivité", le "sentiment d'impunité" : le ministre de la justice a promis de la fermeté à l'encontre des fumeurs de cannabis, jeudi 24 octobre, lors d'un colloque à l'Assemblée nationale. Parmi les organisateurs, J.P. Garraud, député UMP de Gironde : "j'ai vu les ravages du cannabis. Nous n'avons que trop attendu, il est urgent de dire les choses". Suicides, schizophrénie, baisse du niveau scolaire … le haschisch est accusé de nombreux maux. Le ministre, soulignant la "dangerosité sociale" du produit, a précisé que "le maintien d'une réponse pénale systématique à l'usage du cannabis est indispensable". Il a aussitôt vanté les mérites de la composition pénale, une alternative aux poursuites qui permet d'infliger une amende au simple consommateur sans le faire comparaître devant un tribunal. "Cette mesure présente l'intérêt pédagogique d'un retour à la sanction pénale et du refus de toute permissivité" a expliqué le garde des Sceaux. Le ministre de la Santé, parlant du rapport Roques : "(il) a démontré que l'on pouvait confondre l'alcool, le tabac, le cannabis, les drogues dures (…) parce que le mécanisme était le même au niveau des neurones. Mais ce qui est valable au plan scientifique ne l'est pas du tout dans la pratique. Et on a vu d'ailleurs que les résultats n'ont pas été exceptionnels". L'attitude du gouvernement inquiète François Hervé, président de l'Association nationale des intervenants en toxicomanie : "Attention à ne pas séparer de nouveau drogues licites et illicite".

Commentaires : sans être spécialiste, on peut noter tout de même que l'effet des psychotropes sur les personnes et sur la société dépend beaucoup du jeu très complexe et très profond de la régulation sociale : degré d'acceptation, relations d'aide du voisinage et des bénévoles, multiples exemples et références etc. Du fait de l'histoire, tout simplement, cette régulation sociale s'exerce de façon tout à fait différente envers l'alcool et le tabac d'une part, des drogues nouvellement diffusées d'autre part.

Le 25 octobre 2002

La condition des jeunes filles s'est dégradée dans les quartiers difficiles

Les violences et les harcèlements machistes, dont des faits divers récents ont été la manifestation extrême (tels le meurtre de Sohane, 17 ans, brûlée vive à Vitry sur Seine, le 4 octobre), compliquent la vie des adolescentes dans les cités. Face au système de domination qui s'est mis en place ces dix dernières années, elles sont obligées de se protéger en permanence.

Le meurtre de Sohane a suscité énorméent de discussions. Une pétition "ni putes ni soumises" devrait être remise le 8 mars au Premier ministreavec un manifeste où les femmes se disent "oppressées socialement", "étouffées par le machisme des hommes de nos quartiers qui au nom d'une 'tradtion' nient nos droits les plus élémentaires". A la fédération des maisons des potes on dit "Toutes les filles ne sont pas victimes de tournantes ! Mais l'oppression est quotidienne, banale (…) Pour se protéger, veiller constamment à leur réputation, pas un moment de relâchement n'est possible" " "les seules filles qui échappent aux insultes sont les filles voilées". C. Boulnier, infirmière : "En quinze ans, les relations sont devenues plus agressives, la relation amoureuse plus difficile. Ca peut aller jusqu'à donner des coups. On dirait que ces jeunes gens ne savent pas se caresser, se caliner. Chez les élèves de 4ème et 3ème se développe l'idée que dans les relations physiques, on doit forcer les filles. Quand on les force elles crient ce qui, dans la logique de ces garçons signifie qu'elles éprouvent du plaisir. Car dans les films pornographiques que beaucoup de jeunes regardent en cachette, les filles crient". Et la pression des familles sur les filles est souvent très pressante : "on exige d'elles un comportement sérieux, imaginant que dès qu'elles sont avec un garçon, il y a un rapport sexuel dit Sarah Oussekine de l'association Voix d'elles-rebelles. Si la fille n'est pas 'sérieuse' les conséquences peuvent être dramatiques". retrait du système scolaire, interdiction de sorties, de toute fréquentation masculine retour obligé au pays, recrudescence des mariages forcés…

Comment s'explique cette dégradation unanimement constatée ? Certains pointent la montée d'un islam fondamentaliste. ou encore une politique de la ville très orientée au bénéfice des garçons. Mais c'est surtout le processus de ghettoïsation des cités qui est dénoncé. On évoque aussi la crise économique : "Il est à peu près impossible pour les filles d'avoir un travail sous contrat à durée indéterminée et un appartement, e qui oblige à se soumettre aux règles des parents."
 

 le Monde du 23 octobre 2002

Islam : Un entretien sur l'Islam accordé par Dalil Boubakeur,

Un entretien sur l'Islam accordé par Dalil Boubakeurrecteur de la Mosquée de paris, provoque une levée de boucliers chez les musulmans

Dans le jouranl gratuit 20 minutes du 18 octobre, à la question "l'infiltration des banlieues par des groupes radicaux est-elle un fantasme", il a répondu " Hélas non. L'islam des banlieues est l'islam des excités. De plus en plus de jeunes passent des cités à Peshawar" (ville pakistanaise proche de l'Aghanistan). Interrogé sur le nombre des mosquées aux mains des intégristes, le recteur de la Mosquée de Paris déclare : "On nous dit quqe c'est une minorité, c'est impossible à savoir. Ils se réfugient souvent dans la clandestinité. Toutes les mosquées sont menacées par les fondamentalistes parce que ce sont eux qui ont l'argent. (…) Neuf musulmans sur dix ne sont pas des fondamentalistes, mais ils le deviennent. Je ne comprends pas que l'on taille les barbes à Kaboul si c'est pour les cultiver en région parisienne." "Les intégristes exploitent le désoeuvrement des jeunes, leur désarroi et le manque de perspectives d'intégration (…). C'est d'abord l'échec social qui conduit à l'intégrisme". et "En France, on ne sait pas d'où sortent la plupart des imams. N'importe qui peut endosser une djellaba".

Réactions vives de A. Dahmane, président du Mouvement des démocrates musulmans, qui est en train de mettre sur pied une coordination des musulmans d'Ile de France, de H. el-Ghissassi, président du Forum citoyen des cultures musulmanes, qui expliquent les propos de D. Boubakeur par sa volonté de pouvoir ; de même à Toulouse, à Marseille. Sollicité par le Monde, M. Boubakeur répond que "les propos publiés ont été sortis de leur contexte" et que l'entretien a été "retranscrit de manière non professionnelle".

Le Monde 14 novembre 2002

Personnes âgées 
L'allocation dépendance, casse-tête financier pour le gouvernement

Il manque entre 1,1 et 1,4 milliard d'euros pour financer en 2003 l'allocation personnalisée d'autonomie (APA). Ce dispositif, financé par l'Etat et les départements et mis en œuvre par le gouvernement Jospin en janvier 2002 est victime de son succès : 800 000 personnes âgées dépendantes en bénéficieront l'an prochain ; elles seront 980 000 en 2020 selon le ministère des Affaires sociales . Face à cette situation J.P. Raffarin envisage des ajustements à ce système, en renégociant la part de financement issue des départements. "L'APA est une bonne mesure sociale, estime H. Falco, secrétaire d'Etat aux personnes âgées, il faut lui conserver son caractère universel". Président de l'Assemblée des départements de France, Jean Puech estime que "les départements ont été trompés par l'Etat"

Les bénéficiaires de l'APA disposent d'un revenu proche du SMIC ; il est donc difficile de leur demander un effort substantiel. Peut-être l'APA ne sera-t-elle plus donnée aux personnes âgées qui ont besoin d'une aider pour faire leur toilette et pour s'habiller mais qui restent aptes à se déplacer (elles sont 200 à 250 000). A domicile les bénéficiaires ont à leur charge en moyenne 5 % du coût (chiffre qui pourrait passer à 10 %), en établissement, 30 % (leur contribution dépend de le leurs revenus). 
 
 

le Monde 31 octobre 2002

Face à la violence scolaire, M. Darcos veut "changer les mentalités"

Développement des classes et ateliers relais, création d'un "contrat de vie scolaire", travaux d'intérêt général effectués au collège ou au lycée… Le ministre délégué à l'enseignement scolaire devait exposer mercredi 30 octobre, les grandes lignes de sa politique de prévention.

"Rouvrir les portes du savoir". Ce n'est plus le principe de "l'élève au centre du système éducatif" qui doit prévaloir, mais "la relation entre l'élève et le savoir". Or certains élèves sont mis en situation de passivité et d'incompréhension, voire de rupture radicale avec une institution qui ne les supporte plus elle-même". La voie des "internats relais" sera explorée dans le cadre d'une relance plus vaste de l'internat public. De même l'école ouverte qui, en accueillant les élèves en dehors du temps scolaire "permet de rétablir la confiance dans l'institution" sera "augmentée de façon significative". Des parcours diversifiés, notamment à travers des cours en alternance, "seront encouragés dès le collège" pour prévenir la rupture scolaire. Le ministre veut aussi analyser le phénomène d'absentéisme et envisage une "refonte des textes réglementaires sur l'obligation et l'assiduité scolaire".

Donner une nouvelle légitimité à l'autorité

Dès la rentrée 2003, sera signé dans les collèges et les lycées, lors d'une "rencontre solennelle" un "contrat de vie scolaire". entre les trois parties que sont l'élève, ses parents et l'établissement. En outre un livret reprenant les droits et devoirs de chacun sera établi à l'issue d'un débat parlementaire début 2003 : "L'école ne peut seule déterminer l'articulation entre les avaleurs permanentes qui fondent notre pacte social et les évolutions de la société. La règle, c'est la nation qui la pose, l'école la transmet et l'explique." L'exclusion temporaire est en réalité une autorisation d'absentéisme ; elle pourrait être remplacée par des travaux d'intérêt général à l'intérieur de l'établissement ou dans des institutions sociales.

Consolider les réponses de proximité

"C'est dans la proximité qu'il faut rechercher les réponses les plus efficaces et les plus rapides". Outre la police et la justice, il faudra nouer des liens avec les collectivités locales et le "tissu associatif local". l'aide aux victimes, avec l'appui de l'INAVEM sera un "axe fort" : un adulte référent sera désigné dans chaque établissement pour suivre individuellement les élèves victimes d'une acte violent. Enfin, les enseignants volontaires pour aller dans un établissement difficile bénéficieront au bout de trois ans d'un bonus pour leur carrière.

Le monde du 29 octobre 2002

Politique générale

Pays-Bas, un "modèle" en crise   par J.P. Stroobants

Côté face, les Pays-Bas présentent toujours un bilan irréprochable : taux record de création d'emplois, un chômage quasi inexistant, un surplus budgétaire, une fiscalité à la baisse. Côté pile, le bilan est plus contrasté. Les chemins de fer sont vétustes, les noms de près de 200 000 Néerlandais figurent sur les listes d'attente des hôpitaux, la police et la justice sont jugées inefficaces, le système d'incapacité du travail évite artificiellement à 900 000 personnes de figurer sur les listes de chômeurs (sur une population de 16 millions d'habitants). La longue tradition d'accueil du pays est mise à mal. Et la pratique qui consiste en une application minimale des sanctions est désormais jugé indéfendable par divers courants qui réclament une révision des lois sur la drogue, l'euthanasie ou la prostitution.

Le premier ministre J.P. Balkenende a ramassé l'ensemble du dossier en une formule : "le rétablissement des normes et des valeurs", vaste programme qu'il n'a fait qu'ébaucher.

L'ensemble de l'Europe gagnerait sans doute à s'interroger sur le phénomène populiste néerlandais qui semble présenter, en une sorte de dangereux condensé, toutes les frustrations, questions et tensions que l'on rencontre dans de nombreux pays.
 

Le Monde 19 novembre 2002

Education

Les enseignants doutent de l'école plus fortement que les parents

Une majorité des personnels de l'éducation nationale ne croit pas que l'école peut corriger les inégalités sociales et se prononce pour la suppression du collège unique, selon une enquête de la FSU, le principal syndicat d'enseignant. Elèves et parents sont plus confiants dans le système éducatif.

Dans l'enquête Euscope réalisée par la FSU et dépouillée par la SOFRES, parents et élèves reconnaissent la qualité du travail des enseignants pour la transmission des connaissances (de l'ordre de 80 estiment qu'il est" "plutôt bon"). Mais les appréciations sont médiocres s'agissant de la capacité de l'école à former des citoyens responsables, à donner aux enfants le goût d'apprendre et plus encore à préparer la jeunesse à s'insérer dans la vie professionnelle - 22 % seulement des personnels, 28 % des parents considèrent que l'école s'en acquitte plutôt bien. Seulement 10% des personnels considèrent que l'école permet de corriger totalement ou en grande partie les inégalités ; 75% considèrent qu'elle contribue à les corriger un peu mais sans modifier l'essentiel. Et 13 % pensent que l'école renforce les inégalités. Les élèves ont une perception plus optimiste.

Au sujet du "collège unique", qui dispense le même enseignement général à tous les élèves jusqu'en troisième, 31 % seulement des professeurs considèrent que dans la pratique "c'est une bonne chose que tous les élèves suivent cet enseignement général(…) avant de s'orienter vers des filières spécialisées". 58 % des élèves et 49 % des parents pensent au contraire que c'est une bonne chose. Quant au principe lui-même de collège unique, 54 % des professeurs estiment qu'il n'est pas bon car tous les élèves n'ont pas capacité de suivre l'enseignement général. 63% des élèves, 53% des parents estiment que le principe doit être conservé.

Sur la sécurité : 83% des personnels se déclarent plutôt satisfaits du climat de sécurité. Mais dans les ZEP, 30 % des personnels estiment que la violence a beaucoup augmenté (16% pour l'ensemble des enseignants).

Les problèmes auxquels les enseignants déclarent être confrontés sont dans l'ordre décroissant : la discipline, le manque d'intérêt des élèves pour leur enseignement, la violence entre élèves, le manque de respect à l'égard des enseignants. Viennent en dernière position la drogue (sauf au lycée, notamment les lycées professionnels), le racket et la violence à leur encontre.

Parmi les mécontentements, le premier cité est le non remplacement des enseignements absents. Enfin l'aide aux élèves en difficulté apparaît comme un motfi d'insatisfaction commun aux enseignants, aux élèves et aux parents. Ainsi, 60 % des personnels ne sont pas satisfaits de ce qui est entreprise dans leur établissement à ce sujet. La part des enseignants mécontents grimpe à 70 % dans les écoles élémentaires.

La façon dont se pratique l'orientation après la 3ème donne satisfaction aux 3/4 des parents et des élèves.

Commentaires : l'école ne peut contribuer à l'intégration des jeunes dans la société que si ceux-là ne sont pas, dès l'école primaire en situation d'échec. Il leur faut avant tout maîtriser la lecture et avoir avec un adulte qui peut les accompagner et les encourager, une relation de confiance. Si les parents et les professeurs ne suffisent pas, le recours à des bénévoles peut être une réponse. Le ministre attend beaucoup du tissu associatif local ; il a raison puisqu'il s'agit de l'avenir de notre société.

Le Monde 20 novembre 2002

Politique Décentralisation 

Edouard Balladur : "L'empilement des structures administratives conduit à la confusion et au gaspillage"

Le projet de loi constitutionnelle qui va être débattu à l'Assemblée nationale vous satisfait-il ? Pour l'essentiel, oui; Son inspiration me paraît excellente. (…) Aujourd'hui, pour assurer le dynamisme, la création, on a besoin d'avoir des entités territoriales plus autonomes. (…)Sans décentralisation, il n'y a pas de réforme de l'Etat.

En multipliant les expérimentations, ne risque-t-on pas de renforcer les inégalités ? Il faut voir la réalité. Les moyens dont disposent les collectivités pour accomplir leurs tâches sont aujourd'hui inégaux. Il faut donc des mécanismes de péréquation, c'est là que l'Etat doit intervenir. Il ne faut pas assimiler gaullisme et centralisation. Qui a déclaré qu'il fallait mettre fin à l'effort de centralisation, sinon de Gaulle ?

Au sujet des départements : soyons clairs, je ne propose pas de supprimer le département. Mais il est évident que l'empilement des structures administratives conduit à la confusion et au gaspillage. A terme le département devrait prendre la forme d'une circonscription subordonnée à la région. C'est ce que j'ai appelé "l'évaporation progressive des départements". Là aussi, il s'agit de s'appuyer sur l'expérimentation, pas de prendre une mesure générale.
 

Le Monde 4 décembre 2002

Politique

M. Devedjan (UMP) et M. Montebourg (PS) se font les avocats de deux visions différentes des institutions.

Sur la décentralisation :M. Devejidjan a estimé que la décentralisation est "indispensable" et que le rôle de l'Etat "est d'être le garant de l'égalité", soulignant que le gouvernement avait inscrit de manière forte le principe de péréquation dans la Constitution. M. de Montebourg, en se référant aux critiques formulées par M. J.L. Debré, a dénoncé "la stratégie de démantèlement de l'Etat". "Les socialistes se reconnaissent dans l'œuvre décentralisatrice, mais l'on n'entend rien sur son financement" et pour lui "ce grand chambardement" va entraîner "la perte de la lisibilité des responsabilités" : "On transfère la puissance budgétaire et la puissance politique à un système aujourd'hui tout à fait archaïque qui est ce que R. Barre appelait "le mille-feuilles administratif". (…) Les collectivités locales sont aussi un nid à affaires politico-financières. Je ne parle pas que du gaspillage, je parle aussi de la malversation." " Sur la réforme des institutions: M. de Montebourg : Nous traversons à l'évidence une crise civique sans précédent. 14 millions d'abstentionnistes, 6 millions de votants pour l'extrême droite. (…) Est-ce que ce n'est pas le début et les germes d'une crise de régime ?

M. Devejidjan : le diagnostic sur la participation électorale n'est pas très sérieux. La France est l'un des pays du monde qui a la plus fore participation au moment des élections présidentielles. On tourne en moyenne autour de 80 % de participation. (…) Les alternances successives ont rendu notre peuple un peu plus sceptique sur la politique et c'est une des formes de la sagesse.
 

Le Monde fin novembre 2002

Enseignement

Le "collège unique" au cœur des débats lors des élections professionnelles des enseignants, le 3 décembre

On estime que 30% des professeurs sont syndiqués, ce qui est très nettement supérieur à la moyenne des autres catégories professionnelles, y compris dans le secteur public. mais les enseignants les plus jeunes sont moins se syndiquent difficilement.

Dans la dernière ligne droite, les débats se sont focalisés sur l'avenir du "collège unique" - voir les résultats de l'enquête de la FSU auprès des enseignants.

Un témoignage venu de Chelles : le prinicpal du collège Camille Corot : "il est certain que, philosophiquement, l'idée de mettre tous les enfants ensemble est noble et belle. Mais, dans la pratique, on se heurte à des écueils sérieux. Très vite on a de fortes disparités de niveau au sein d'une même classe, et les professeurs ont du mal à enseigner à tout le monde. Soit ils se mettent au niveau des bons et les écarts se creusent, soit des moins bons et les meilleurs se démotivent." dans la salle des professeurs, beaucoup revendiquent un collège où se retrouveraient tous les élèves masi avec un enseignement diversifié. La plupart souffrent de voir, dans chaque classe "six, sept" jeunes incapables de suivre les cours et de devoir les "sacrifier" parce qu'il y a les autres qu'il faut faire avancer. "J'ai des élèves en troisième qui ne connaissent même pas leur table de multiplication (…). Ils ne suivent absolument rien, mais je suis obligée de les laisser tomber. C'est un absurdité totale de mettre ensemble tous ces élèves, ça ne fait qu'accentuer les inégalités". Un autre "Je donne des cours de physique à des élèves qui savent à peine lire et écrire". "En 4ème, sur 140 élèves, une cinquantaine sont d'un niveau très faible, explique un prof de technologie. Ce sont des élèves dont il faudrait pouvoir travailler l'orientation". Seulement, pour eux il n'y a quasiment pas d'alternative. Il n'y pas de place en Segpa (section d'enseignement général et professionnel adapté). Les 4èmes et 3èmes technologiques ont quasiment disparu. On a fermé les sections de préorientation. Un professeur d'arts plastiques : "le collège unique est une injustice. Il favorise un certain type d'intelligence, un certain terrain socio-culturel. Et c'est l'avenir des jeunes inadaptés qui est pris en otage".

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