Revue de presse 26 avril au 6 juin 2003

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L'école  : "Ecole et civilisation" : une réflexion sur la place de l'école dans la société
La famille  Concilier travail et vie familiale, le pari de Christian Jacob : la PAJE
L'islam et la laïcité  , notamment des réflexions sur le port du voile
L'insertion par le travail RMI, RMA
La lutte contre la drogue
La réforme des retraites
     Non à la démagogie du PS !
     La question des retraites sème la zizanie parmi les socialistes
 
 
 

Le Monde 25 avril 2003

La lutte contre la drogue 

Nicolas Sarkozy plaie pour une "politique de rupture" dans la lutte contre les drogues
Il souhaite "punir réellement et rapidement tant les mineurs qui consomment occasionnellement du cannabis ou de l'ecstasy que les usagers d'héroïne qui refusent les soins".

Devant la commission d'enquête du Sénat : "il n'y a pas de drogue douce ou de drogue dure. Il n'y a pas de petite consommation personnelle. Il n'y a ps d'expérience individuelle. Il n'y a pas de 'jeunes libres et branchés'. Il n'y a que des drogues interdites et des usagers qui transgressent la loi". Mais la loi n'est pas appliquée : pour 9 consommateurs sur 10, l'usage des stupéfiqnts s'est trouvé de fait dépénalisé". Afin d'instaurer un "dispositif réellement applicable", N. Sarkozy souhaite "gommer la disposition la plus criticable :une peine d'emprisonnement à l'encontre des simples usagers". A l'encontre des mineurs qui consomment de l'ecstasy il a cité : "une palette de sanctions : confiscation du scooter, obligation d'accomplir un travail d'intérêt général, recul de l'âge pour passer le permis de conduire". La Franc e est le premier pays d'Europe où les jeunes consomment du cannabis.. Entre 200 et 2002, le nombre de jeunes ayant expérimenté l'ecstasy a doublé. C'est également le cas pour la cocaïne.
 

Le Monde le 26 avril 2003

L'insertion par le travail 

Un projet de loi pour inciter les Rmistes à reprendre le travail. Le revenu minimum d'activité (RMA) complétera leurs ressources

Un projet de loi, "portant décentralisation du RMI et créant un revenu minimum d'activité (RMA) vient d'être adressé au Conseil d'Etat; Ce projet part d'un constat maintes fois énoncé : le RMI n'aboutit pas assez à l'insertion des publics qui en bénéficient. A la fin de 2002, le nombre des allocataires, de 1,1 million avait augmenté de 1,6% en un an. La moitié le perçoivent depuis plus de trois ans. Un Rmiste sur deux seulement est titulaire d'un contrat d'insertion. Une explication pourrait être qu'un Rmiste qui reprend du travail n'y gagne rien car il perd tous les avantages qui accompagnent le RMI (aides au logement, exonérations d'impôts etc.). Le RMA vise des publics "qui ne peuvent accéder à l'emploi dans les conditions ordinaires du travail et pour lesquels un temps d'adaptation est nécessaire". Il est accessible aux personnes qui touchent le RMI depuis au moins deux ans et se présentera sous forme d'un contrat à temps partiel (20 heures par semaine, payées sur la base du SMIC horaire). S durée ne pourra pas excéder 18 mois. Les bénéficiaires pourront être recrutés dans le secteur marchand (hormis les particuliers employeurs) et non marchand (à l'exception des services de l'Etat et don conseil général). Le RMA se décomposera en deux parts, la première, appelée "allocation forfaitaire" équivaudra au montant du RMI pour une personne seule ; la seconde sera un "complément" à la charge de l'employeur. Ce dernier versera au bénéficiaire l'intégralité de la somme, qui devra être au moins égale au SMIC. Des exonérations de charges seront accordées à certains employeurs du secteur non marchand (communes, associations). "toute reprise d'activité s'accompagnera d'une hausse de revenus". Enfin les conseils généraux auront désormais la gestion entière du dispositif : "Le département sera le seul responsable pour décider l'admission, veiller aux conditions de versement de l'allocation et assurer l'insertion", mentionne le projet de loi.

Le Monde le  8 mai 

L'insertion par le travail - suite

Le RMI est aujourd'hui de 411,7 euros/mois pour une personne seule. M. Fillon entend répondre à "l'exaspération des Français qui travaillent, qui ont de petits salaires et qui ont le sentiment qu'autour d'eux il y a beaucoup de gens qui ne travaillent pas et qui ont finalement les mêmes conditions d'existence". Le projet répond à la thèse, controversée de la "trappe à inactivité" ; or Bertand Fragonard, ancien délégué interministériel au RMI avait contesté cette théorie, "étayée sur aucune méthodologie sérieuse", et prétendu que personne n'avait jamais pu prouver que les minima sociaux dissuadaient de reprendre une activité. Pour quelqu'un du Secours Catholique, ce projet "donne l'impression de rejeter sur les bénéficiaires la responsabilité de l'échec du volet insertion. Or le problème est plus complexe. Et certains conseils généraux ne se sont pas beaucoup mobilisés." La Fnars (fédération nationale des fédérations d'accueil et de réinsertion sociale) le RMA retrouve les défauts des premiers contrats aidés : rigidité dans les horaires et la durée des contrats, rigidité dans la définition des publics, alors qu'il faudrait du sur-mesure.
 

Le 29 avril

L'islam et la laïcité

Alain Juppé, au sujet du port du foulard :

Question : faut-il ou non une loi pour interdire le port du foulard islamique à l'école ?

Réponse : Les extrémismes religieux sont une menace pour la République. la République, c'est le principe de liberté religieuse, bien sûr, mais aussi le principe de la laïcité et celui de l'égalité entre l'homme et la femme. Or cette affaire met en cause ces principes. On ne peut pas accepter le port d'insignes ostentatoires. Le législateur doit prendre ses responsabilités sur le port du foulard.

10 mai 2003

L'islam et la laïcité - suite

Le débat sur le port du foulard islamique à l'école divise la droite.

Faut-il une loi pour l'interdire ? Quatre députés le proposent ; M. Juppé le pense ; MM. Raffarin, Sarkozy et Ferry s'inquiètent des conséquences. Recevant le président du Conseil français du culte musulman, M. Chirac a prôné, mercredi "une solution de sagesse".
Luc Ferry relève qu'une loi sur le foulard risquerait "d'être anticonstitutionnelle si elle allait au-delà de l'avis du Conseil d'Etat" et qu'elle se heurterait au droit européen.
Il n'y a que 150 cas conflictuels, selon la médiatrice de l'éducation nationale, Hanifa Cherifi - contre 300 conflits en 1994. Mme Cherifi dénonce l'action des "fondamentalistes" qui "se focalisent sur les femmes pour développer leur idéologie conservatrice et dangereuse". Dans un livre d'entretiens avec R. Fauroux "Nous sommes tous des immigrés", Mme Cherifi pointe du doigt l'action de ceux que l'on appele "le nouveaux prédicateurs musulmans" qui encouragent, selon elle, le port du voile : "Citons entre autres les publications de Tariq Ramadan, du Dr Hamdouni et de deux convertis à l'islam, Malika Dif et le Dr Milcent". Elle redit son hostilité foncière au port du foulard mais ajoute : "Je considère que l'exclusion n'est pas non plus une solution satisfaisante". Mais pour Mme Bouzar, cooptée au bureau du CFCM, le foulard peut participer à une redéfnition de l'identité musulmane dans la modernité. Et l'intellectuel Tariq Ramadan dénonce "un faux débat passionnel et dépassé". La pire des solutions serait "la création d'écoles islamiques privées".

Le Monde le 16 mai 2003

L'islam et la laïcité - suite

Joseph Sitruk, grand rabbin de France : "Je ne suis pas favorable à l'interdiction du foulard à l'école publique"

Question : plusieurs parlementaires ont déposé des propositions de loi visant à interdire les signes religieux à l'école, en particulier le foulard et la kippa. Qu'en pensez-vous ?
Réponse : la kippa est un signe infiniment plus discret que le foulard et, à ce titre, ne peut lui être assimilée. Toutefois je comprends qu'on veuille les assimiler pour éviter de faire deux poids deux mesures. Sauf lorsqu'il a une dimension prosélyte, le port du foulard à l'école ne me choque pas. Pas plus qu'une croix. Tout est affaire d'intelligence et de modération. Nous voulons lancer un grand débat là-dessus.

Question : des écoles confessionnelles musulmanes, est-ce la bonne voie pour favoriser l'intégration ?
Réponse : Dans la mesure où elles sont aussi rigoureuses que les écoles juives, pourquoi pas ? Je vous rappelle qu'à plus de 95%, les écoles juives sont sous contrat et respectent les directives de l'éducation nationale. Le jeune juif qui veut manger casher ou observer le shabbat n'a pas de problème. Les écoles confessionnelles peuvent être un solution.
 

30 avril 2003

La famille

Concilier travail et vie familiale, le pari de Christian Jacob : la PAJE

Instauration d'une prestation quasi universelle, la prestation d'accueil du jeune enfant, PAJE 
Possibilité de prendre un congé parental d'éducation, c'est à dire d'arrêter temporairement son activité, dès le premier bébé : pendant 6 mois, une pause rémunérée 493 euros/mois, et restriction des possibilité du congé parental classique (trois ans d'arrêt de travail avec 500 euros par mois au titre de l'allocation parentale d'éducation) destiné aux parents d'au moins deux enfants ; encouragement à "garder un pied" dans l'entreprise (travail à temps partiel)
Aides supplémentaire aux parents qui préfèrent aller travailler
Augmentation des aides pour nourrisses agréées, mode de garde préféré des Français, pour que cela ne leur revienne pas plus cher qu'une crèche. Le statut de ces nourrisses agréées sera amélioré.
Un "plan crèches" de 200 Millions d'euros, favorisant le projets "innovants et souples pour les parents" avec notamment de larges amplitudes d'horaires. Des crèches privées pourront passer des contrats avec les CAF, leurs clients auront droit à la PAJE.
 
 

La réforme des retraites

Le Monde le 28 mai (extraits)

Retraites : non à la démagogie du PS !

Signé de Elie Cohen, directeur de recherches au CNRS, Jean-Baptiste de Foucauld, ancien Commissaire au Plan, Xavier Gaullier et Pierre Michel Manger, sociologues, Bernard Perret, économiste - commentaire : tous connus pour leur sympathie socialiste.

Qu'est-il arrivé au parti socialiste au congrès de Dijon ? Il est difficile de s'expliquer comment, à la faveur des mobilisations et du débat sur les retraites, une confortable majorité "réformiste" de 60 % a pu accoucher d'un discours d'opposition radicale et démagogique aux réformes entreprises par le gouvernement. Que défendait jusqu'ici le PS ? D'abord une méthode. Fondé sur la concertation, le Conseil d'orientation des retraites (COR) mis en place par L. Jospin devait être le lieu d'élaboration d'un consensus a minima entre tous les acteurs (…). Des objectifs et des principes ensuite. Les socialiste s'engageaient à défendre la répartition, le sort de ceux qui ont commencé à travailler jeunes, la retraite progressive, le système des bonus pour ceux qui travaillent plus longtemps, la possibilité pour les fonctionnaires d'intégrer les primes dans le calcul de leur pension et enfin -last but not least- la nécessité qu'il n'y ait pas de distorsion forte entre les salariés du secteur privé et ceux du secteur public", c'est à dire, si nous décryptons bien, l'harmonisation des durées de cotisation du privé et du public.

Qu'en est-il aujourd'hui ? On peine à reconnaître les socialistes d'hier dans leurs expressions actuelles. Sur la méthode, alors que le gouvernement semble observer scrupuleusement la feuille de route tracée naguère par le PS, on ne peut qu'être surpris d'entendre d'importants responsables du parti proposer de procéder par référendum, c'est à dire d'enfermer dans une alternative binaire un débat pour lequel on préconisait il y a peu pédagogie, dialogue et délicatesse. Quant aux objectifs, ils se retrouvent presque tous dans le projet proposé aujourd'hui par le gouvernement, certains d'entre eux ayant été obtenus par la CFDT. On se prend à penser que les socialistes auraient probablement fait sensiblement la même chose que l'actuel gouvernement. Qu'est-ce qui a pu motiver ce virage à 180 ° qui voit à présent l'état-major de la rue de Solférino exiger haut et fort le retrait d'un texte qui aurait pu être à quelques détails près le sien ? Tenir compte de la pénibilité du travail ? Toucher non seulement à la durée des cotisations mais aussi à leur niveau, garantir le financement intégral de la retraite ? Telles seraient les différences fondamentales permettant de distinguer une droite sauvagement libérale d'une gauche authentiquement solidaire. Tels seraient les motifs justifiant l'appel à la mobilisation dans la rue des salariés qui s'y trouvaient déjà.
Nul ne nie les insuffisances de cette réforme. Mais ces insuffisances justifient-elles qu'on la rejette et que l'on attende la prochaine alternance pour rouvrir un dossier si souvent et si longtemps ajourné ? Ceux qui agitent aujourd'hui le chiffon rouge en prétendant défendre les plus modestes prennent en réalité la responsabilité d'encourager le développement d'un système infiniment plus inégalitaire.

Pourquoi cet apparent ralliement à un front du refus dont il pourtant pu mesurer, au pouvoir, la capacité à bloquer toute réformé (que l'on songe à la tentative avortée de réorganisation du ministère des finances) ? S'agit-il d'une revanche sur le 21 avril ? Assiste-t-on à une instrumentalisation moralement douteuse de l'idéalisme des militants par des caciques qui savent parfaitement à quoi s'en tenir ? L'unité retrouvée du parti se serait-elle fait aux frais du bon sens et du rapport adulte à la réalité que l'on attend d'un parti de gouvernement ?
Etre en minorité n'autorise pas à s'affranchir de toute éthique. Le travail de l'opposition ne consiste pas à dire systématiquement le contraire de ce que l'on fera, voire de ce que l'on pense. Il serait bon que les socialistes le comprennent et qu'ils mettent fin à ce jeu d'acteurs à la fois nocif et suicidaire. le devoir des observateurs que nous sommes est en tous cas de le leur signifier et de leur tenir lieu de mémoire quand celle-ci vient à défaillir.
 

Le Monde le 3 juin (extraits) et du 6 juin 2003

La réforme des retraites

La question des retraites sème la zizanie parmi les socialistes (titre du 6 juin)

(3 juin) Après un texte de plusieurs intellectuels mercredi, puis Michel Rocard, vendredi, Jacques Attali a estimé, dimanche 1er juin, qu'un recul du gouvernement sur les retraites serait "désastreux".

Les socialistes proches de la CFDT font aujourd'hui payer chèrement l'ovation réservée par les socialistes au secrétaire général de la CGT au congrès de Dijon. Quant à M. Rocard, il estime que les socialistes auraient débouché, s'ils avaient été au pouvoir, sur "un équilibre à peu près équivalent" et il rend hommage à la "courageuse CFDT". "Dans les conditions actuelles, ajoute-t-il, je ne vois pas comment aboutir à un texte moins douloureux". les solutions avancées par le PS sur une hausse des prélèvements obligatoires ? "complètement stupide, suicidaire même", tranche M. Rocard. Pour M. Attali, le retrait de la réforme "serait désastreux pour la République" car "cela signifierait que c'est la rue qui gouverne". Pour lui, la réforme aurait dû être engagée bien avant, "en 1991 par Rocard, en 1993 par Balladur, puis par Juppé et Jospin", mais "seul Balladur a commencé à agir avec courage". M. Dray interroge : "Pourquoi les entreprises qui sont fortement automatisées ne contribueraient pas, elles aussi, à la hauteur du financement des retraites (commentaire : fausse bonne idée : les machines ont été fabriquées par des travailleurs dont les salaires ont servi déjà à payer les retraites ; la "solution" de M. Dray aurait pour effet de taxer deux fois l'équipement, donc de freiner le progrès technique ; bravo !) 
 

( 6 juin) MM. Rocard, Kouchner, Delors et Charasse ont tour à tour approuvé le plan Fillon et déploré la position du PS, au moment où celui-ci avance ses pistes de réforme. Indignés, de ombreux députés réclament des sanctions. M. Kouchner  persiste et déclare au "Monde" : " nous nous perdons".

M. Charasse qualifie de "pitoyable" l'attitude de son parti sur les retraites. Arès les déclarations de B. Kouchner, M. Rocard, J. Attali, ce fut la déclaration de trop. En fin de matinée, le 4 juin, la réunion du groupe de l'Assemblée nationale a donc tourné à l'orage. "Cela a été extrêmement violent, les députés étaient vraiment remontés". Les fautifs sont interpellés : "Excusez-nous de vous dire qu'on veut tenir compte de os électeurs et que nous ne sommes pas dans des salons  parisiens(J. Glavany). "Dans ces conditions, l'opposition ne peut pas retrouver de crédibilité", déplore M. Bacquet. Marianne Louis, première secrétaire de la fédération de l'Essonne et militante du Nouveau Monde, interpelle, dans une lettre M. Hollande sur ces "déclarations détestables"" "Plus personne ne comprend rien, écrit-elle. Si de tels tireurs dans le dos parlent sans être sévèrement démentis, c'est que tu serais d'accord et nous aussi. Les engagements de Dijon seraient-ils à nouveau bafoués ?". mais D. Strauss-Kahn a émis des réserves sur une augmentation de la CSG.
M. Rocard confirme que demander le retrait du plan Fillon est "idiot" dar "bien évidemment, nos mesures ne seraient pas très différentes". Et B. Kucher : "La politique, ce n'est pas de prendre les gens pour des imbéciles, on ne peut plus mentir (…) ; le gouvernement aurait pu relever un peu les cotisations mais elles sont déjà les plus lourdes du monde" et "Je n'étonne personne, ni Fabius, ni DSK, ni Hollande, car ils pensent comme moi. La motion Hollande fait la même chose que la gauche du parti" et il conclut "nous nous perdons".
 
 
 

Le 31 mai 2003

L'école

Ecole et civilisation - par Christian Laval, sociologue, chercheur à l'institut de recherche de la FSU

Pour l'auteur " l'école est de plus en plus à contre-courant, devenue presque un contresens dans la marchandisation générale. Jeunes sous emprise des marques et soumis à la pub. Marché culture. La contradiction st de tous les jours, de tous les instants dans une société dans laquelle la diffusion des savoirs est devenue une activité symboliquement et politiquement secondaire, même et surtout si on la dit de plus en plus indispensable pour l'emploi et la croissance. Qui, du monde politique t économique, ose prononcer le moindre mot contre ces nouvelles puissances marchandes qui socialisent enfants et adolescents en les désocialisant ? (…) Les enseignants ne peuvent se résoudre à former les être conformes au marché généralisé et continuent de refuser d'être de la grade fête de la Marchandise et du Spectacle. (…) Pourquoi la République n'aime-t-elle pas ses enseignants comme elle n'aime pas ses savants ? Incompréhension. (…) L'école a rejoint aujourd'hui, pour des centaines de milliers d'enseignants, la France qu'on largue, celle d'en bas, celle des ouvriers, des chômeurs, des cités, des vieux, des syndicats et des régions pauvres, celle qui est toujours un "poids", une "charge", un "frein".

Commentaires : nous citons ce passage, non que nous croyons qu'il reflète la réalité mais parce qu'il est intéressant de savoir comment les professeurs considèrent qu'ils sont vus.

Les enseignants sont situés à l'endroit même où se nouent dans la société la question sociale et la question généalogique de la transmission. La société occidentale, qui sait produire plus que toute autre au monde, se révèle de plus en plus incapable de faire ce que beaucoup d'autres sociétés savaient ou savent encore faire : se perpétuer dans le temps, entretenir le lien entre générations.
La société moderne projette le plus vite possible les nouvelles générations, sauf peut-être une minorité d'enfants encore protégés, dans le monde de la consommation et de l'envie généralisée, saturant le désir de s'éduquer, de grandir, de lutte et gâchant par là les progrès subjectifs vrais.
Cette impossibilité croissante, les enseignants la vivent comme contradiction directe. Leur révolte actuelle est l'expression publique et soudaine d'un symptôme civilationnel d'une extrême gravité. (…) Tout est fait pour que chacun ne puisse plus concevoir sa propre vie que coupée des autres générations ne devant rien à ceux qui l'on précédé et pas tellement plus à ceux qui le suivent.
On peut avancer sans grand risque de se tromper que les enseignants, placés exactement à l'endroit le plus sensible de corrosion du lien social entre générations, au lieu de la transmission peu à peu compromise d'un bien commun, seront à l'avenir au centre de tout effort de refondation du lien social.
 
 

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