Le respect de l'autorité
Il est interdit d'interdire

Elizabeth Badinter, philosophe, commente ce slogan de mai 1968
dans un numéro de l'Express d'avril 1998




Madame Badinter établit un lien très fort entre ce slogan qui, dit-elle, l'a "enthousiasmée" quand elle était jeune. Elle préparait alors l'agrégation. "Peu de temps après, je suis devenue professeur et j'ai pu mesurer les ravages de ce slogan. Cela voulait dire : il est interdit de punir ceux qui ne respectent pas la loi, puisque, au fond, aucune loi n'est absolument légitime et ne mérite une totale obéissance".

Comment peut-on éduquer des enfants sans règles et sans sanction ? Les parents se sont interrogés : "Ai-je le droit de les punir ? La réponse était : je n'en suis pas certain et par conséquent je m'abstiens. La plupart des parents ont réagi ainsi.". Et, de fil en aiguille toutes les valeurs sont remises en question : "Voler dans un magasin, est-ce si mal ? L'insolence verbale, est-ce si grave ?"

Alors, si des règles venues de l'extérieur ne s'imposent plus à l'enfant, c'est la loi du désir qui triomphe ; de sorte que, pour Madame Badinter, "sur le plan social, certaines poussées de violence et pulsions collectives sont des effets de ce slogan".

Peu de temps avant qu'elle rédige cet article, une pétition avait circulé au sujet des stupéfiants, signée de personnes connues qui proclamaient avoir consommé des stupéfiants. Mme Badinter conclut ainsi son article : " ils proclament avoir bafoué (la loi), car tel est leur bon plaisir. Comment peut-on alors demander à un enfant de respecter la loi ?"