Ste Geneviève Autrement 

Henri Prévot

La sécurité dans nos villes

Notes prises au cours d'une conférence organisée par la RPF, le 30 mars 2000 avec

M. Hamel, maire de Dreux, 
M. Cardo, maire de Chanteloup les Vignes,
M. Arajol, ancien responsable d'un syndicat de police
M. Dupont Aigan, maire de Yerres
 

Pour M. Arajol, il ne faut pas se fier aux statistiques : selon les enquêtes de victimisation, il y aurait 16 millions de victimes contre 3,5 millions déclarées. Le nombre de cambriolages diminue mais celui des attaques contre les personnes augmente rapidement. La délinquance des mineurs augmente très vite au point que, en Seine Saint Denis elle représente la moitié des crimes et délits. Les violences urbaines ont été multipliées par cinq depuis 1995.

M. Arajol constate que le nombre de policiers de la police nationale a diminué de 2000 depuis dix ans. Il s'élève en théorie à 113 000, mais si l'on tient compte des effectifs affectés à la sécurité de l'Etat (CRS, PAF, garde des immeubles publics etc.), des adjoints de sécurité, des agents affectés à des tâches administratives, des mises à disposition, de l'absentéisme et de la formation, il en reste sur le terrain environ 25 000.

On voit donc que la sécurité se "privatise". Aujourd'hui la police privée, qui a été multipliée par 3 en dis ans, est forte de 130 000 emplois, plus que la police nationale. D'autre part les effectifs des polices municipales sont passées en dix ans de 5000 à 13000.

M. Arajol regrette que les assises succèdent aux colloques sans observer de progrès. Les adjoints de sécurité posent un problème de compétence et de précarisation. Or personne n'a proposé d'affecter une partie de la "cagnotte" au renforcement des moyens de la police. La politique actuelle est moraliste et angélique ; et elle se nourrit de virtuel : la police de proximité n'a en fait rien de nouveau.

Il faut réagir en rétablissant la règle de "tolérance zéro" : tout délit doit être systématiquement suivi d'une réparation.

Pierre Cardo indique que seules sont enregistrées les plaintes transmises au Parquet. Il est intervenu personnellement pour qu'une suite soit donnée à une plainte sur un fait grave ; le Procureur a ainsi justifié de ne pas donner suite : réduire les tâches administratives de la police ! Plus tard N. Dupont Aignan dira qu'il est scandaleux que le Procureur ait classé une agression contre un policier municipal. Aujourd'hui, dit P. Cardo, la délinquance est difficile à cerner : ce est pas pour voler ; on s'attaque aux institutions ; et la délinquance est devenue collective ; pour 50% elle est le fait de récidivistes.

La situation que nous connaissons trahit la faillite d'un système. Il faut donc le remettre en cause : la sanction fait partie de l'éducation.

Aujourd'hui, quand il y a un problème avec les parents, on les remplace alors qu'il faudrait au contraire renforcer leur autorité. Il y a de moins en moins de citoyens : il faut secourir les enfants abandonnés qui font des bêtises. Ecole, travail social, police, justice, tout doit être revu. Par exemple le modèle unique d'école fait problème : en 6ème, un tiers des élèves ne savent pas bien lire ou écrire. Les élus devraient participer à l'élaboration et à la mise en œuvre de la politique pénale. Il n'est pas acceptable que les tâches sociales les plus difficiles soient confiées à des jeunes femmes qui sortent de l'école.

Gérad Hamel présente sa ville de Dreux : 32000 habitants, 40% de moins de 25 ans dont 40% d'étrangers ou d'origine étrangère. Le taux de chômage est de 14% et 56% ne paient pas l'impôt. Pourtant la ville compte 17 000 emplois industriels (Philips, usines de télévision), 9000 licenciés en sport, 15 000 personnes participent aux fêtes du 14 juillet, des vendanges, du carnaval etc.

Et la délinquance était sévère : alors que dans les villes de 20 à 50 000 habitants, le nombre de fait de DVP (délinquance de voie publique) est de 72 par 1000 habitants, à Dreux en 1996 il était de 119. D'où un sentiment de fatalité - "on n'y peut rien" - et un réflexe de repli : les gens ne sortent plus de chez eux ou essaie de partir (de 1990 à 1999 la population a diminué de 10%) et tout le monde cherche un bouc émissaire.

Au début de 1996, une enquête montre que 84% des habitants nous demandaient, toute affaire cessante de réagir.

La municipalité a fait quatre études : une analyse précise, une étude démographique en profondeur faite par une chercheur de l'INRED, qui en a publié un livre : "malheur au cœur du malaise français" et on a reconsidéré tous les moyens mis en œuvre par la ville - qui coûtaient cher sans efficacité. Puis on a élaboré un plan d'action sociale et de sécurité ; on a dit la vérité à tout le monde, publié des textes et mobilisé la population : "aidez-nous !". Au début, 10 personnes seulement venaient aux réunions, trois ans plus tard, elles sont 150.

Et tous les services municipaux ont été mobilisés : ils étaient cloisonnés : on leur a donné un objectif commun.

Dans une vaste consultation, 59 propositions ont été faites par la ville 50 ont été retenues : participation des citoyens, action vers les familles, école des parents : espace de convivialité où les parents rencontrent des spécialistes.

Il faut aussi un volet répressif fort : la police municipale coûte 7 MF et l'ensemble du programme social et de sécurité coûte en plus 20 MF sur 4 ans.

Les résultats sont là : en 1999, le nombre de faits constatés a été de 79 contre 119 en 1996, le nombre de caillassage de la pompiers est passé de 37 à 6 de 1998 à 1999, le nombre de dégradations a été divisé par deux en deux ans. Nous avons de suite voulu suivi la démarche du CLS, mais l'Etat n'y met pas de moyens. Son avantage est d'avoir une dimension intercommunale et de forcer l'éducation nationale à participer à la démarche. En 1997, M. Hamel avait pris un arrêté interdisant la circulation des enfants la nuit ; en 1995 il avait proposé de déplacer certaines familles ; ces initiatives lui avaient été durement reprochées.

M. Hamel pense que la police de proximité doit être sous l'autorité du maire ou, au moins sous l'autorité partagée du maire et du commissaire. ; ce n'est pas l'avis de M. Cardo ni celui de M. Arajol ; mais M. Dupont Aignan a également une police municipale ; de 20 personnes, elle coûte 4 MF/an. Ces polices municipales ne sont pas armées et ne travaillent pas la nuit. M. Hamel pense qu'il est dangereux d'envoyer des jeunes inexpérimentés dans les situations difficiles ; certains ont peur : il y aura des accidents.

M. Cardo déclare que si l'Etat n'assure pas la sécurité, on verra les communautés se dresser les unes contre les autres. Quelques personnes peuvent dégrader le climat social : sur 50 000 habitants, il n'y a pas plus de 100 délinquants ; si on les écartait on aurait la paix.

P. Hamel propose de mettre la répression avant la prévention : faire surveiller de près par des policiers en civil les quelques multirécidivistes qui sèment la panique et les arrêter. Pour ceux-là; il faut un système d'enfermement éducatif, comme en Grande Bretagne.

P. Cardo dit qu'il n'est pas un shérif : le maire doit être le médiateur suprême ; il doit éviter les conflits. Pour la sécurité il faut un seul patron, c'est le commissaire de police. On se vante de faire de la prévention ; mais on n'en fait aucune. La prévention en effet consiste à détecter u problème avant qu'il ne prenne de l'ampleur, à le signaler puis à agir. C'est ainsi que j'ai agi, dit P. Cardo, sur les autobus : depuis 1992, il n'y a plus d'incident.

Pour rappeler certains parents à leurs responsabilités, N. Dupont Aignan dit qu'il a suspendu pendant un an les aides municipales dont bénéficiaient trois familles. Le préfet a attaqué son arrêté devant le tribunal administratif ; N. Dupont Aignan se réjouit de plaider cette affaire devant le TA car il constate que cette mesure a déjà montré son efficacité.

M. Hamel a rédigé une brochure pour présenter son programme sécurité et social.