Quelle société ?

L'encyclique Laudato si du pape François (juin 2015) 
Le progrès ou le destin ; la liberté ; la responsabilité individuelle ; un retour au paganisme ?  
Finkelkraut   Un retour vers l'obscurantisme ?
Rapprocher la science des citoyens
La place de la religion  : L'Islam ; la laïcité ; le dialogue des cultures
La déclaration des évêques d'octobre 2011, voter pour quelle société   
Les excès d'un libéralisme qui tend à faire de toute chose une marchandise : confiance et raison (M. Hollis) ; Un nouveau modèle économique (Amartya Sen)
Les  Droits de l'homme



"Voter pour quelle société ?" : la conférence des évêques a publié un texte remarquable dna sl eprspective des prochaines élections. Ils abordent de façon simple, claire et sans ambiguïté les questions de fond qui travaillent notre société, en particulier la vie naissante (qu'il faut respecter dès la conception), la famille (Dieu a créé l'être humain "homme et femme"), les banlieues et les cités, économie et justice, immigration handicap et fin de vie. On trouvera ici le texte intégral    ; et ici des extraits


Sur les droits de l'homme

En cette période de commémorations, voici le texte de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et le préambule de la constitution de 1946, partie intégrante de notre Constitution. A Ste Geneviève des bois, la municipalité et plusieurs associations ont organisé des conférences intéressantes ; nous avons mis au propre les notes prises au cours de ces conférences qui ont porté sur la loi contre l'exclusion, l'édit de Nantes, l'affaire Dreyfus et l'abolition de l'esclavage.


Les excès d'un libéralisme qui tend à faire de toute chose une marchandise

Il n'est pas nécessaire de démontrer les avantages du libéralisme, de la liberté d'entreprendre, du marché libre et concurrentiel ; les échecs dramatiques des économies centralisées et planifiées par des gouvernements totalitaires suffisent à en prouver les vertus.

Mais on s'aperçoit que cette technique du "marché" étend son emprise sur des biens ou sur des services dont on sent bien qu'ils devraient répondre à d'autres logiques et d'autres dynamismes.

Il n'est pas facile de repérer où le raisonnement théorique se trompe. Après tout, un homme libre - n'est-ce pas ? - est un homme qui peut faire ce qu'il préfère faire. Pour qu'il puisse choisir entre plusieurs options, il lui faut une unité de mesure commune. La valeur monétaire est une bonne mesure commune et tant  l'expérience que le raisonnement conduisent à la conclusion que le marché est efficace si certaines conditions sont réunies. Réunissons donc ces conditions (bonne information etc.) et laissons jouer le marché. Non ! On sent que quelque chose d'important échappe à ce beau raisonnement.

Cette réflexion n'est pas "de droite" ou "de gauche" ; la preuve en est que la gauche, par un manque de réflexion que l'on peut qualifier de coupable (car, dans le jeu de rôle entre gauche et droite, il lui appartenait plutôt d'être plus lucide sur ce point), a engagé la mise en concurrence de la production d'électricité et l'ouverture du capital d'EDF sans avoir vérifié que cela n'aurait pas comme conséquence (paradoxale sans doute, mais probable) d'en augmenter le coût et comme conséqunece bien prévisible de changer complètement le type de relation entre les employés et leur entreprise, entre l'entreprise et la population. Les avatars d'Enron et de la Bourse ouvriront, espérons-le, les yeux à droite et à gauche.

Le livre "la confiance au sein de la raison" permet de voir, à la racine, les limites de la doctrine du libéralisme, excellente dans son domaine de validité, néfaste quand elle en sort.

Voir aussi des notes de lecture du livre de Amartya Sen, "un nouveau modèle économique" et des commentaires



L'encyclique Laudato si' du pape François - juin 2014

   Des extraits de l'ensemble de l'encyclique
   Des extraits traitant de technologie et de sciences
   Des extraits traitant du réchaufement climatique

Des extraits assez abondants de cette encyclique pour en pendre connaissance sans en perdre trop de substance

Ces extraits permettent une prise de connaissance plus rapide du contenu de l’encyclique. Ils sont assez abondants, je l’espère, pour ne pas perdre de substance. L’indication systématique du numéro de l’alinéa permet de se référer à l’encyclique elle-même.

Comme commentaire général, je me bornerai à ceci. La vision du pape est englobante : « tout est lié » écrit-il à plusieurs reprises. Ce serait un abus que de reprendre certains passages de ce texte pour défendre une thèse ou une autre en omettant de situer ces passages dans l’ensemble. Par exemple, parlant d’environnement, le pape traite entre autres de la pauvreté et aussi de  « l’écologie du quotidien » : le respect, la politesse. D’autre part, le texte s’adresse à tout le monde mais certains aspects ne peuvent se comprendre pleinement que par la spiritualité du pape. Enfin, sur quelques sujets techniques, il se peut que le pape ait été insuffisamment informé. Mais cela ne cache pas la beauté du texte et de son inspiration.

Voici des extraits de Laudato si traitant de technologie et de sciences

 Il en ressort quelques grands traits :

- Une admiration devant la science, et un grand respect
- Le besoin d’études scientifiques et une reconnaissance des bienfaits du progrès techniques
- L’homme a le droit d’avoir un travail ; le progrès technique et l’amélioration de la productivité diminuent les besoins de travail humain ce qui crée une difficulté
- Il s’est créé un « paradigme » technico-économico-financier qui est très problématique : ici l’encyclique soulève deux questions qui me paraissent très lourdes. La première se pose sur le registre de la métaphysique et de la mystique ; la seconde sur le registre, auquel tout le monde est sensible, de la relation de pouvoir entre les personnes et les groupes.

1-      La science et la technique ne se limitent plus à observer la nature, à tenter de la comprendre. « Auparavant, il s’agissait de recevoir ce que la réalité naturelle permet de soi, comme en tendant la main. Maintenant ce qui intéresse c’est d’extraire tout ce qui est possible des choses par l’imposition de la main de l’être humain, qui tend à ignorer ou à oublier la réalité même de ce qu’il a devant lui. De là on en vient facilement à l’idée d’une  croissance infinie ou illimitée, qui a enthousiasmé beaucoup d’économistes, de financiers et de technologues. Cela implique le faux présupposé qu’il existe une quantité illimitée d’énergie et de ressources, que les effets négatifs des manipulations de l’ordre naturel peuvent être facilement absorbés » (106).

Mais la distinction entre « recevoir ce que la réalité naturelle permet de soi » et « extraire tout ce qui est possible par l’imposition de la main de l’être humain » est bien difficile à établir. Un moulin à vent relève-t-il de la première ? Sans doute. Un réacteur nucléaire relève de la seconde, sans doute. Mais il a fallu l’intelligence humaine pour extraire du vent de l’énergie mécanique utilisable et il faut beaucoup de technologie dans nos éoliennes modernes, qui ne sont pas plus «naturelles » que les réacteurs nucléaires qui, eux, pourraient nous fournir de l’énergie en abondance. La question est mille fois plus sensible en biologie et en médecine.

          2-       Le progrès des techniques et la puissance du marché ont comme conséquences, d’une part que peu de gens ont le savoir requis pour comprendre leur environnement, qui est fait de plus en plus d’objets artificiels, et, d’autre part, une concentration du pouvoir économique et financier, celui-là agissant en maître sur le pouvoir politique. L’encyclique aborde spécifiquement le cas des OGM : loin de porter un regard négatif sur la technique, elle pointe le risque de soumission des petits agriculteurs.

-L’Eglise n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais invite à un débat honnête.

   
Voici des extraits de l’encyclique Laudato si traitant du réchauffement climatique

L’encyclique Laudato si traite de façon très englobante la question générale de la relation de chaque être humain avec la nature, avec les autres, avec lui-même et, pour ceux qui ont une foi religieuse, avec Dieu. Elle invite à une « conversion ». Comme il y est écrit à plusieurs reprises « tout est lié », il est hasardeux de ne retenir que certains passages sans avoir à l’esprit l’ensemble du texte et le souffle qui l’anime.

Mais ce texte est plutôt long. Pour en faciliter la lecture j’en ai fait des extraits qui permettent de bien se rendre compte de son contenu. Les passages qui suivent sont des extraits de ces extraits en relation avec le réchauffement climatique. Je ne me limite pas à ce qui en traite directement car ce serait ignorer totalement le contexte, qui est essentiel à la compréhension de ce qu’écrit le pape.

Le texte, parce qu’il très englobant, aborde ces question dans tous les registres, du très pratique, presque trivial, au technique, au social, au culturel, y compris le sens du beau, à l’éducatif, au politique, à la géostratégie, au philosophique et jusqu’au mystique. Il n’hésite pas à admonester.

Il lui arrive, dans les aspects pratiques, de se tromper. Il décrit avec force les effets prévisibles du réchauffement climatique mais l’explication du phénomène de l’effet de serre est approximative, ce qui n’est pas gênant. S’il est vrai que certaines ressources sont limitées, c’est une erreur à mon avis de dire qu’il en est ainsi des ressources en énergie. Il est vrai que, dans certaines régions, la ressource en eau et en alimentation est un souci ; le texte ne dit pas que les limites seront repoussées si l’on dispose d’énergie en quantité suffisante. Pourquoi écrit-il « Seul pourrait être considéré comme éthique un comportement dans lequel les coûts économiques et sociaux soient établis de façon transparente et soient entièrement supportés par ceux qui en jouissent » comme si ce n’était jamais le cas ? Et c’est franchement se tromper que de dire que la méthode des marchés de permis d’émettre du CO2 ne permet pas de diminuer les émissions alors que ces marchés ne peuvent exister que si une limite a été préalablement fixée. L’encyclique parle à de multiples reprises des énergies renouvelables et des économies d’énergie. Le thème du nucléaire a été (soigneusement ?) évité. Il est évoqué lorsque le texte traite, d’une façon générale, des déchets qui s’accumulent (sans dire que la production nucléaire génère beaucoup moins de déchets que tout autre mode de production d’électricité) ; on devine que le nucléaire est évoqué et comme toléré comme une solution transitoire, tant que la question du stockage de l’électricité n’aura pas trouvé de réponse. Il existe un autre silence qui peut être relevé : le texte ne dit rien de d’effet sur les émissions de gaz à effet de serre du mode d’alimentation humaine, plus ou moins carnée.

On peut également s’interroger sur l’efficacité des petits gestes quotidiens dont le texte parle en donnant de multiples exemples, sur la sobriété, sur la décroissance, et sur l’évolution de la démographie et le contrôle des naissances. Mais il serait vain et non pertinent de critiquer ce qui en est dit sans tenir compte de l’esprit général de ce texte, où la pratique s’inspire de la mystique.

Par ailleurs, dans ce texte, la relation entre l’homme et la technique tient une grande place ; dans une autre note je propose des « extraits d’extraits » qui portent sur ce thème.