Intervention du groupe Ste Geneviève Autrement
au cours de la réunion du Conseil municipal du 5 février 2002

Etude de diagnostic pour préparer une ORU, opération de rénovation urbaine.

Vous nous présentez une délibération relative à une étude de diagnostic urbain destinée à préciser le contenu d’une ORU, opération de rénovation urbaine. C’est la première fois que nous parlons au conseil municipal de cette ORU depuis la décision prise, le 1er octobre 2001, par le Conseil interministériel de la Ville de retenir le projet présenté par notre ville et de lui accorder une subvention de 25 millions de francs. C’est une bonne chose pour notre ville. Il s’agit maintenant de savoir comment utiliser au mieux les crédits de cette ORU dont le montant global est considérable puisque le premier projet, qui concerne Pergaud, porterait selon les documents que vous nous avez donnés sur près de 100 millions de francs.

Récemment, une pétition signée d’un grand nombre d’habitants vous a rappelé combien la situation de ce quartier est dégradée. Samedi vous avez tenu une réunion avec les habitants du quartier. Je note au passage que vous l’avez fort bien conduite. Il en est ressorti deux demandes pressantes : que la SCIC fasse son devoir c’est à dire qu’elle entretienne les immeubles et les parties communes et assure le gardiennage, et que la sécurité et la tranquillité soient restaurées. C’est de ce dernier sujet que je vais parler maintenant car je crois que l’ORU nous offre une opportunité qu’il fait saisir.

Nous savons que la situation se dégrade d’année en année ; il y a plusieurs années déjà, nous écrivions dans notre bulletin « comme la situation s’aggrave d’année en année, il faut agir comme si elle était encore plus grave ». Mais alors on se bornait à parler « d’incivilités » ; les gens étaient inquiets et avaient peur ? Rien de grave, seulement un sentiment d’insécurité.

Aujourd’hui, Monsieur le maire, vous constatez que la situation est grave et vous le dites. C’est un progrès considérable que nous portons à votre crédit : en effet on ne peut pas soigner un mal que l’on ne veut pas voir. Mais vous nous parlez de dépenser dans ces quartiers des dizaines de millions de francs pour démolir des appartements et raser des immeubles. Quel lien avec la priorité des priorités qui est de rétablir la paix ? On aura tout entendu : l’architecte qui nous a présenté le projet nous a dit qu’il y a une relation entre la hauteur des immeubles et la délinquance (on imagine la délinquance à la tour Montparnasse !) ; on nous a dit qu’il faut raser le 25 de la rue Manhès pour que les policiers puissent faire leur ronde ! On nous a dit aussi que les immeubles trop haut abîment la perspective.

Vous le savez aussi bien que moi, la priorité, c’est d’écarter les jeunes que nous ne pouvons pas socialiser – les écarter et les éduquer. Vous parlez de prison ; je préfère parler de maison d’éducation renforcée en milieu fermé ; légalement c’est la même chose car un enfermement, c’est la prison. Mais on a tellement dit que la prison est mauvaise pour les jeunes que je ne peux pas tout à coup lui trouver une vertu éducatrice ; elle peut avoir cet effet sur certains, en effet ; mais elle pervertit tellement d’autres qu’il faut concevoir quelque chose de différent – à l’image de ce que fait le général Brac de la Perrière (avec les JET), en coopération avec la Justice, pour les jeunes plus âgés.

Il faudra quelques années pour y parvenir, sans doute. Justement, raison de plus pour commencer de suite. Et pour aller plus vite, le budget que vous avez l’intention de réunir pour la démolition du plus de 100 logements, consacrons-le à financer une maison d’éducation. Cela fait un an que nous vous avons demandé d’étudier cela. Il est temps d’agir.

Dans les circonstances actuelles, démolir des appartements de la qualité de ceux de Pergaud, serait très mal compris par ceux qui n’en ont pas et serait très mal compris par tous ceux qui espèrent de tout leur être le retour de la paix dans cette cité qu’ils ont connue si aimable, pour les parents inquiets pour leurs enfants et qui, pour beaucoup, souhaitent aujourd’hui quitter ce quartier qu’ils ont tant aimé.

Ne vous sentez pas lié par une orientation prise avant que vous ne soyez maire ni par une décision qui, aujourd’hui, est seulement une décision de principe sur un projet qui doit être précisé et amélioré ; en effet la présentation qui en a été faite au CIV est un document de vingt pages seulement - où on lit entre autres choses, parlant de Pergaud : "les habitants adhèrent très majoritairement à ce projet, qui prévoit pourtant la démolition de 144 logements, pour tenter de rétablir des conditions de vie décentes". Non, monsieur le maire ; beaucoup d'habitants se demandent en quoi la démolition de logements améliorera la sécurité ; il sont sûrs qu'il y a d'autres dépenses plus utiles à faire.

Samedi dernier, vous avez proposé aux habitants de faire la liste de ce qui leur paraît urgent. Sans être devin, nous prévoyons que les résultats de cette enquête seront de donner la priorité, non pas à la démolition de 150 appartements, mais à l’entretien des immeubles et des parties communes, à l’aménagement des parkings et surtout à l’éducation de la jeunesse, de celle qui va bien, avec la MJC par exemple (où il est impossible de créer cette ambiance de « maison » faute de lieux où toutes ses activités puissent se retrouver, qui est obligé de refuser des adhérents faute de place), à l’éducation de la jeunesse qui a besoin d’être encadrée, avec des éducateurs, à l’éducation de celle qui a besoin d’être remise sur les rails avec des maisons d’éducation renforcée en milieu ouvert ou fermé.

Pour bâtir ainsi le programme de l’ORU, pour utiliser au mieux les fonds publics qui y seront consacrés, vous nous trouverez avec vous.

En réponse au maire

Je ne vous ai certes pas reproché de n’avoir établi qu’un document de vingt pages. Bien au contraire, comme vous venez de le dire, j’en ai conclu qu’il s’agit d’un document de principe et qu’il faut maintenant en préciser le contenu sans se sentir lié par ce qui y est écrit. C’est précisément l’objet de l’étude de diagnostic urbain.

Vous me reprochiez de considérer que des subventions accordées par l’Etat pour l’investissement puissent être transformées en subventions de fonctionnement et vous venez de noter que j’ai modifié mon discours pour parler davantage de dépenses d’équipement. Il y a en effet des investissements, comme une maison d’éducation renforcée, une MJC ou autre chose pour la jeunesse, qui sont beaucoup plus utiles au quartier de Pergaud et, plus largement des Aunettes, que de démolir plus de 100 logements. En même temps je continue de penser qu’il faudra consacrer à la prévention de la délinquance davantage de crédits de fonctionnement qu’aujourd’hui.

Vous même et certains de nos collègues constatez que j’aborde souvent ce sujet ici en Conseil municipal. Comment faire autrement ? Votre prédécesseur m’avait proposé une concertation sur l’aménagement de Pergaud – c’était le jour de l’inauguration de la dernière exposition de sculpture – et j’ai accepté. Puis je vous ai proposé une concertation sur la sécurité et vous avez accepté. Mais depuis plusieurs mois, il ne s’est tenu qu’une réunion de la commission sécurité et prévention ; notre seule façon d’avoir un échange sur le sujet est donc d’en parler ici.

Vous nous dites qu’il ne faut pas opposer la destruction des logements avec d’autres formes de dépenses. Pourtant on est bien obligé de voir que l’argent qui est dépensé pour une chose ne peut pas être dépensé pour autre chose. Il est impossible d’échapper à un choix. Il faut y travailler. Nous sommes prêts à y apporter une coopération active.

Question orale relative à l'enquête publique sur le programme départemental de gestion des déchets

Sur la recommandation insistante de M. Champion, vous m'empêchez d'aborder cette question alors que vous l'aviez inscrite à l'ordre du jour. Le motif serait que le maire ne peut pas donner son avis sur un objet qui fait l'objet d'une enquête publique. Or je ne suis pas maire ; donc l'argument ne me paraît pas valable. Mais pour me montrer conciliant, je n'insiste pas et j'aborderai cette question au cours de la prochaine réunion du Conseil municipal. Je souhaiterais néanmoins que vous m'indiquez précisément sur quel texte vous vous fondez pour me refuser de m'exprimer.