Groupe Ste Geneviève  Autrement                                                                                           février 1996

Réunion du conseil municipal du 5 février 1996
Intervention de Henri Prévot

On peut lire aussi ce que nous avions écrit dans le programme proposé au électeurs en 1995

Réussir à l'école

Réussir à l'école devrait être une des deux ou trois priorités de l'action commune, tant au niveau national que local. L'échec, voilà ce qu'à l'école trop d'enfants retiennent gravé en eux dès leur premier âge, dès leur entrée dans la vie en société ; certes l'échec à l'école a toujours existé ; mais aujourd'hui, pour toutes sortes de mauvaises raisons, on le fait durer des années et des années ; c'est insupportable, c'est un vrai scandale. L'échec scolaire est en réalité l'échec de notre société. Comme il y a toujours une justice immanente, cette injustice de l'échec scolaire subie par nos enfants, nous en sentons déjà et de plus en plus les effets sur la qualité de notre vie en société.

C'est pourquoi Ste Geneviève Autrement a particulièrement étudié cette question.

Depuis une dizaine d'années la commune mène une action d'aide aux élèves en difficulté. Une somme financière relativement importante est inscrite au budget pour la rémunération des étudiants qui participent à cette action ; avec les charges, 600 000 F environ y sont consacrés, auxquels il faut ajouter les frais administratifs.

Deux questions se posent à ce sujet : le système répond-il à son objectif ? La commune ne peut-elle pas faire autre chose pour que les enfants réussissent à l'école ?

Vous avez essayé de répondre à la première question et votre réponse est plutôt négative ; la réflexion sur la seconde nous paraît aujourd'hui tout à fait insuffisante.

Le système municipal consiste aujourd'hui à rémunérer des étudiants qui assurent deux heures par semaine de soutien scolaire pendant quelques mois à des enfants du primaire, de 6 ème et de 5 ème. Au total 180 enfants bénéficient de cette aide chaque année. L'initiative doit venir de l'enseignant et recevoir l'accord des parents ; l'étudiant doit rester en relation avec l'enseignant et les parents ; l'enseignant doit apprécier l'efficacité de cette aide. Votre bilan constate que ces relations entre l'enseignant, l'étudiant et la famille sont souvent très insuffisantes, qu'une aide est apportée à des enfants qui ne peuvent pas correctement en tirer parti sous cette forme.

Pour revenir aux objectifs d'origine, vous proposez d'apporter des aménagements.

J'aurais bien quelques remarques à faire sur vous propositions mais je préfère porter l'accent sur la deuxième question qui se pose, celle que vous n'avez pas étudiée. Quelle action peut être menée dans une commune pour lutter efficacement contre l'échec scolaire ?

La réussite scolaire est d'abord la responsabilité de l'Education nationale, malheureusement les difficultés des enfants sont dues à tout un ensemble de facteurs qui débordent cette institution. C'est un problème de société. Donc, comme partout sans doute, réussir à l'école, cela doit devenir le mot d'ordre de toute notre commune : et notre commune, ce n'est pas seulement le Conseil municipal ; ce n'est pas seulement le budget communal.

Il y a certainement à Ste Geneviève des Bois un très grand nombre de personnes qui trouveraient leur bonheur en permettant bénévolement à des enfants de réussir ; ce sont des étudiants mais aussi des mamans, des grands-parents, des retraités et encore des personnes provisoirement sans emploi qui se sentiraient ainsi réintégrées dans un rôle social.

Bien sûr, il ne s'agit pas d'"écraser" l'enfant sous des aides multiples, mal coordonnées et de qualité incertaine et l'on ne doit pas oublier que les responsables de l'éducation des enfants sont les parents et l'Education nationale.

Que peut faire notre municipalité ? Dans ce domaine comme dans bien d'autres, elle sera efficace si elle est discrète et si elle ne vise pas à recueillir à des fins électorales les lauriers des actions engagées : son tort est de vouloir tout chapeauter, au risque de dissuader les bonnes volontés.

Voici donc quelques axes que je propose à la réflexion du Conseil municipal et plus précisément de sa commission scolaire, à qui j'ai commencé d'en faire part au cours de notre précédente réunion.

Il faut d'abord définir les divers types d'aide à apporter à l'enfant : apprendre comment s'organiser dans son travail (surtout en 6ème et en seconde), combler certaines lacunes, favoriser l'effort scolaire par un cadre accueillant et familial, pallier un vide affectif ou encore procurer un complément éducatif, sous la forme par exemple d'une sorte de parrainage, etc. Puis on organisera des sessions ou des séminaires de sensibilisation, d'information et de formation destinés à ceux qui apporteront leur aide. Pour créer des relations confiantes entre ces personnes et le milieu enseignant, ces séminaires pourront être faits par des enseignants.

Comme tout programme, celui-là demandera que l'on fixe des objectifs, quantitatifs et, dans toute la mesure du possible, qualitatifs. Ces objectifs et leur degré de réalisation devront être portés à la connaissance de toute la population.

Pour mobiliser toute la ville, ce programme devra être piloté, non par une émanation du Conseil, car celui-ci ne représente pas également l'ensemble de la population de Ste Geneviève, mais par un groupe ad hoc qui sera créé conjointement par la ville et par des volontaires de l'Education nationale et qui sera formé de façon à représenter correctement les compétences et les bonnes volontés. Pour aider les enfant à réussir à l'école en accompagnant et en complétant l'action de l'Etat et de département, ce comité aura tout liberté pour établir un programme d'étude et d'action.

Dans un premier temps, la ville mettra à sa disposition le budget qu'elle consacre aujourd'hui à son dispositif de soutien scolaire : pour diffuser l'information, il disposera en toute liberté d'une dizaine de pages par an dans le journal municipal.

Ce comité pourra aussi proposer de nouvelles mesures même si elles devaient demander une plus grand contribution budgétaire car il serait tout à fait naturel qu'un sein du budget de la commune nous fassions des arbitrages au profit des enfants. Par exemple, il nous faut réussir à proposer à toutes les familles qui le souhaitent des activités éducatives après l'école jusqu'à ce que les parents reviennent du travail.

Nous avons tous là, chers collègues, matière à un grand projet. Il y a urgence : il ne suffit pas de "recoller les morceaux" et d'essayer de retrouver l'inspiration d'il y a dix ans ! Il faut inventer, en tenant compte de la situation nouvelle ; il faut faire participer toute la population, avec finesse et intelligence, enthousiasme et modestie, en montrant la gravité des enjeux, pour notre société et en faisant appel à la générosité - qui est grande. Et, bien sûr, cette action devra faire partie d'un ensemble d'actions tournées vers la jeunesse.

Mon intervention a été plus longue que de coutume. En effet, ma dette est si grande envers l'enseignement , tant public que privé, que l'incapacité de notre génération d'offrir à nos jeunes actuellement découragés les moyens de leur promotion sociale est de leur épanouissement me révolte.

Revenant à la délibération que vous nous présentez au sujet du soutien scolaire, notre avis est donc que l'on peut faire beaucoup mieux que ce que vous nous proposez pour aider les enfants à réussir à l'école : c'est pourquoi nous nous abstiendrons. 

Je vous remercie de votre attention.