Au sujet de la situation du 1 rue Anne Frank
et, plus largement, de la politique de la ville en matière d'insécurité.

Lettre de Henri Prévot au maire, le 5 janvier 1997

Quand on relit cette lettre avec du recul, le ton des derniers paragraphes peut être jugé "comminatoire" ; il ne faut pas oublier que H. Prévot se faisait le porte parole des habitants qui depuis trois mois qu'ils avaient saisi le maire et la police n'avaient reçu aucune réponse.

Monsieur le maire,

Vous êtes certainement informé de la situation que connaît l'immeuble du 1 rue Anne Frank.

Plusieurs habitants de cet immeuble m'ont alerté ; je m'y suis rendu ; j'ai vu dans quel état se trouvent les parties communes ; je me suis entretenu sur place avec des locataires qui m'ont dit combien ils sont excédés et - ce qui ajoute à la gravité de la situation - combien ils craignent pour leur sécurité et celle de leurs enfants.

Voici ce que j'ai vu et ce qui m'a été dit : le système de verrouillage de la porte d'entrée est hors d'usage, des vitres sont brisées, des boîtes à lettres sont cassées, les murs de l'escalier et des paliers et les parois de l'ascenseur sont couverts d'inscriptions, un grand nombre d'ampoules électriques sont brisées ; plusieurs jeunes hommes sont souvent présents ; ils laissent des détritus et des bouteilles cassées, ils boivent, ils fument - de la drogue selon plusieurs témoignages -, urinent et défèquent dans la cage d'escalier, se livrent à des vols et à des agressions verbales. J'ai été informé par ailleurs d'une grave agression physique devant cet immeuble il y a quelques semaines.

Les habitants avec qui je me suis entretenu me disent avoir saisi la société propriétaire, la police et vous-même mais ils voient que la situation continue de se dégrader et atteint un degré insupportable. Vous avez certainement vous-même alerté la police ; mais il est visible que cela ne suffit pas. Or, Monsieur le maire, vous êtes directement responsable de la sécurité et de la tranquillité de vos administrés. Il n'est pas admissible que tous ces agissements puissent encore durer ! Vous devez donc réagir immédiatement, même s'il faut pour cela, provisoirement, recourir aux services d'une société privée de gardiennage.

J'ajoute que l'immunité dont bénéficient les auteurs de ces exactions va leur susciter des émules qui exerceront leurs talents dans d'autres immeubles.

Vous voudrez bien nous faire connaître au cours de la réunion du conseil municipal du 20 janvier les décisions que vous aurez prises pour rétablir la situation de cet immeuble du 1 rue Anne Franck.

Veuillez recevoir, monsieur le maire, l'expression de mes sentiments très distingués.
 
 

Séance du Conseil municipal du 20 janvier 1997

Interventions d'Henri Prévot

Au sujet de la sécurité dans nos résidences

Tous nos concitoyens ont droit à la sécurité et à la tranquillité ; à Ste Geneviève des bois trop fréquemment, ce droit n'est pas respecté. J'ai été alerté par plusieurs de nos concitoyens habitant certaines de nos résidences. Comme je vous en ai fait part récemment par courrier, dans un immeuble j'ai vu des gens excédés, parfois au bord de l'épuisement nerveux ; j'ai vu des gens qui ont décidé de partir et l'on m'a cité le cas de personnes qui sont parties récemment, ne pouvant plus supporter le bruit et une pression constante, ne pouvant plus supporter les dégradations des équipements collectifs et de leur véhicule ni la violence verbale et les menaces sur eux-mêmes et surtout sur leurs enfants.

En vertu des pouvoirs qui vons ont été conférés par la loi en tant que maire, vous avez une large part de responsabilité pour assurer tranquillité et sécurité à vos concitoyens. Chacun sait que la jeunesse a des problèmes dus à la situation sociale et économique ; cela n'excuse en rien la délinquance et il est encore plus important que l'action de la municipalité soit efficace et déterminée.

Le niveau de sécurité et de tranquillité d'une commune est une affaire de long terme ; c'est le résultat de la politique menée sur plusieurs années. Dans plusieurs communes, on voit la situation s'améliorer. Au contraire, depuis que vous êtes maire, force est de constater que la situation s'est dégradée.

Vous ne connaissez pas en profondeur la situation de nos quartiers. En effet, si vous parlez de temps en temps de faire un diagnostic sur la situation de sécurité, en réalité vous n'avez rien fait et ce sens alors que, depuis longtemps, la Délégation interministérielle à la ville a mis au point une méthode. Par ailleurs, il serait très utile d'avoir un regard extérieur sur la situation, de demander des conseils à des spécialistes qui sont intervenus avec succès sur d'autres ites. Je l'avais suggéré en commission ; vous ne l'avez pas fait. Cela vous aurait aidé à avoir une politique, c'est à dire non seulement une action répressive mais aussi une action dans le domaine de l'animation et de la prévention.

Il n'y a pas si longtemps, on parlait ici et là de "protégés du maire" ; cela n'encourage pas les policiers. Or il faut savoir déposer plainte car il faut faire confiance à la police et à la justice.

Quant au volet animation, depuis des années, la politique de la jeunese dans notre commune n'est certes pas une réussite. Le hall des jeunes est inadapté, il a été l'objet de graves désordres et il est fermé depuis plus d'un an. Vous avez cru pouvoir obtenir la paix socilae en vous appuyant sur des jeunes qui n'avaient ni la formation ni les aptitudes convenables. Aujourd'hui encore, ce que vous préparez est tout à fait insuffisant : en effet, aussi valeureuse soit-elle, une équipe municipale de quelques animateurs seulement ne suffira pas à répondre à tous les besoins de notre jeunesse. Il faut y associer l'ensemble de la population.

Quant à la prévention, cela fait de nombreuses années que vous auriez dû recruter des éducateurs spécialisés, des "éducateurs de rue" comme on dit, qui ne s'arrêtent pas de travailler à 18 heures ! A Ste Geneviève des bois, il n'y a aucune structure pour accompagner et contrôler ceux qui sont proches de la délinquance. Ste Geneviève Autrement avait inscrit dans son programme le recrutement de plusieurs éducateurs de rue et je vous l'ai rappelé à plusieurs occasions, en Conseil municipal et en commission. Mais, pour faire des économies mal placées (voir note), vous avez attendu d'avoir une subvention du département. Que de temps perdu, que d'argent perdu aussi, pour réparer toutes les dégradations ! Il faut tout faire pour que chacune de nos résidences, chacun de nos quartiers garde ou retrouve sa réputation d'ensemble paisible et sûr ! Maintenant vous nous dites qu'il faut du temps pour recruter ces éducateurs : le temps perdu nous coûtera donc encore plus cher. D'autant plus que les trois éducateurs que vous avez prévu de recruter ne seront pas suffisants.

Après des années pendant lesquelles la situation s'est globalement dégradée, on ne peut plus laisser aux délinquants le sentiment d'impunité ; c'est un très mauvais service qu'on rend à eux-mêmes et à la société ; on ne peut pas laisser les habitants se dire que ni la ville, ni la police ne savent réagir : or Monsieur le maire, cela fait plusieurs mois que vous avez été alerté sur le cas de cet immeuble que je vous ai signalé et que les habitants n'ont même pas reçu de réponse. On ne doit pas non plus laisser ces jeunes sans occupations et sans encadrement éducatif.

Ste Geneviève des bois ne retrouvera sa tranquillité qu'avec une bonne coopération entre ses habitants, sa municipalité et sa police. Nos concitoyens, Monsieur le maire, ne se contenteront plus de discours ; ils vous jugeront à vos actes.
 
 

Réponse de madame Jouannet, s'exprimant au nom du maire, à la question orale posée par Henri Prévot, conseiller municipal de Ste Geneviève Autrement.

Pour quelques commentaires, cliquer sur les (*), 

Vous excellez dans l'art de la contre vérité.(*1)

Monsieur le conseiller municipal vous avez jugé utile de saisir Monsieur le maire de la situation du 1 rue Anne Franck.

Elue de la majorité et particulièrement concernée par les questions relatives à l'habitat social, avec l'accord de Monsieur le Maire, si vous le voulez bien, je vais m'efforcer de compléter vos informations.

D'emblée, je peux vous confirmer notre bonne connaissance des incivilités causées dans cet immeuble - vous semblez les découvrir (*2). Pour notre part, en prise constante avec les difficultés quotidiennes des génovéfains, elles n'ont pas attendu votre correspondance pour faire l'objet de multiples démarches et actions pour en réduire les effets (mais j'y reviendrai).

La rédaction de votre lettre, Monsieur le Conseiller, semblerait vouloir accréditer l'idée d'un certain laxisme du pouvoir local, à l'égard des population de nos cités ; à vous lire, le 1 rue Anne Franck serait, à lui seul, l'épicentre du drame national qui ronge les banlieue.

Mieux, après avoir rendu le Maire responsable (*3)des exactions commises dans cet immeuble, vous n'hésitez pas à écrire, permettez-moi de vous citer : "Il n'est pas admissible que tous ces agissements puissent encore durer" fin de situation.

Monsieur le Conseiller, ou bien vous évoluez dans une bulle de verre hermétique aux réalités du terrain, dans ce cas votre naïveté serait désarmante (2*)- ou bien, en toute maîtrise du sujet, vous en évacuez délibérément les données fondamentales, pour faire feu de tout bois.

Tous les indicateurs socio-économiques démontrent que, là où la fragilité sociale est la plus concentrée, les difficultés à gérer le phénomène des attroupements de jeunes avec leurs corollaires d'incivilités, voire de violences, se vérifient. (*4)

Mais vous savez tout cela, j'en suis convaincue, ce qui ne vous empêchent pas d'ailleurs, d'intimer au Maire l'ordre de "faire cesser immédiatement" (*5)ce sont vos termes, une situation sans doute intolérable, mais qui, compte tenu de sa nature : généralisation de la violence urbaine et de ses causes qui sont incontestablement politiques, économiques et sociales devrait vous inciter? Monsieur Prévot à un peu plus de pondération.

La sonnette d'alarme a été tirée depuis longtemps ; la paupérisation de populations entières, la galère de banlieue, le surpeuplement de nos cités, le renoncement des familles créent un contexte de mal vie qui fait que, là où il n'y a plus de droits, il n'y a plus de devoirs, plus de citoyenneté et plus de sanctuaires.

Je n'en veux pour preuve et ce n'est pas une consolation, que l'expérience que fait un autre maire, en la matière. Un autre maire qui renforce son pouvoir local d'une autorité d'Etat puisqu'il s'agit du 1er ministre qui témoigne d'une impuissance qui en dit long à travers la triste renommée des quartiers des Aubiers et du port de la lue de sa ville de Bordeaux.

Eh bien ! les cités de Ste Geneviève des bois n'en sont pas encore là, en dépit du 1 rue Anne Frank et de la misère que sévit sur l'ensemble de nos cités.

Bien que le volume de nos moyens locaux se heurte aux causes nationales du phénomène, nous ne restons pas l'arme au pied. Tout en restant conscients de la limite de nos actions - nous sommes persuadés que la répression à elle seule, ne résoudra pas le problème et qu'il y a d'autres réponses à apporter, même si le rôle de la Police nationale ne saurait être exclu.

Mais avec la façon péremptoire qui vous appartient, vous n'hésitez pas à suggérer au maire, Monsieur PREVOT, de recourir aux société privées de gardiennage pour rétablir l'ordre au 1 rue Anne Frank ce qui m'amène à quelques observations :(*6)

1) Premièrement, vous vous évertuez à regarder par le petit bout de la lorgnette cet immeuble, ce qui fait que vos conseils ne tiennent pas compte d'un ensemble de données dépourvues de toute approche typologique, économique et sociale. C'est certainement pratique politiquement mais, cela n'engage que moi, ce n'est pas sérieux !

2)Vos suggestions de faire appel aux sociétés de gardiennage s'inscrivent une fois de plus dans la condamnation des services publics, dont notre pays a pourtant bien besoin.

Eh bien ! Monsieur le conseiller, nous estimons, pour notre part, que les services publics de Ste Geneviève des Bois n'ont pas démérité (*7)- Certes un renforcement des effectifs serait sans doute bienvenu pour encore plus d'efficacité, mais aussi pour permettre à l'ensemble des acteurs de la vie sociale de jouer tout son rôle au sein de nos cités.

Nous pensons en effet que pour mieux combattre les incivilités, le développement de partenariat local est indispensable et tous nos efforts tendent à le faire vivre et nous enregistrons quelques résultats significatifs.

Ainsi, sous l'impulsion de Mr. Le Maire et de ses adjoints, nous avons obtenu des bailleurs sociaux, l'autorisation légale et permanente qui permettra aux forces de police de pénétrer sur les voies privées et d'investir les parties communes de nos cités, à tout moment et lorsqu'il y aura lieu ; c'est un plus dans l'efficacité.

Nous avons obtenu des bailleurs sociaux, que soit inclus, au règlement interne des cités, un alinéa portant interdiction de circulation, d'élevage et de dressage de chiens dits d'attaque.

C'est une confirmation du bien fondé de l'arrêté municipal du 15 octobre dernier - Mais c'est aussi le prolongement de ses effets sur l'ensemble du parc locatif social qui jouit d'un droit privé, je le précise, car vous semblez l'ignorer.

Nous avons entrepris une vaste campagne visant à débarrasser les murs de notre ville, de graffiti divers et notons avec satisfaction l'arrestation et la condamnation d'un des auteurs notoires de tags. C'est une action à mettre au compte du service public de police de Ste Geneviève des Bois qui, soit dit en passant, mène à terme 65% de opérations entreprises, ce qui n'est pas négligeable.(*8)

Ainsi, Monsieur le Conseiller, je pourrais poursuivre longtemps, vous dire que nous sommes en contact permanent ou presque avec les responsables des sociétés logeuses et notamment avec la SCIC qui a autorité sur le 1 rue Anne Frank, vous préciser qu'un budget spécifique a été dégagé par ses soins, pour la réfection de l'immeuble vandalisé sur lequel vous cristallisez tous vos efforts.

Mais je ne suis pas sûre que cela retienne votre intérêt, tant la profusion de vos courriers, leur nature, votre opiniâtre volonté à enfourcher le premier cheval de bataille qui passe, (*9)laissent supposer un but bien précis qui semble bien loin des préoccupations qui sont les nôtres et qui, par ailleurs, pour votre gouverne, amènent le Maire à revendiquer, à nouveau, l'ouverture d'une annexe du Commissariat, à St Hubert.

Mais je suppose que ce cela, aussi, vous trouverez motif à réprobation et à vous ériger en donneurs de leçons.

Et c'est si vrai, que la mobilisation des associations caritatives et socioculturelles qui s'articule avec le développement constant des actions sociales que mène la ville, vous échappe(*10). Vous ne voulez voir que le 1 rue Anne Frank, parce que pour l'instant il sert vos objectifs, qui semblent bien tenir de la tactique politicienne, c'est ce qui se murmure dans la ville (*11).

Alors il est clair, et nous en sommes conscients, qu'il reste beaucoup à faire. Mais comment et avec quels moyens pour remplacer l'insuffisance flagrante des politiques nationales menées en direction de la jeunesse, pour ne parler que de celles-ci.

Certes pas, Monsieur PREVOT, en liant à chaque pas des jeunes de nos cités, des shérifs qui, trop souvent, tirent plus vite que leur ombre.

Tout autant que vous, nous sommes pour la fermeté et l'application des sanctions, dès lors qu'il y a identification des auteurs d'incivilités ou voies de fait. Encore faut-il que les bouches s'ouvrent, sans témoignages pas de poursuites ! et nous en sommes là, même pour l'immeuble précité.

Bien entendu, je ne pense pas vous avoir convaincu de la portée de nos actions.

Cette interventions aura eu, au moins le mérite d'avoir été entendu de vous, encore que je n'en suis pas certaine

Mais comme il y aura, hélas et sans doute, d'autres 1 rue Anne Frank, nous aurons peut-être l'occasion de vous réaffirmer notre position.

Enfin, Monsieur PREVOT, je voudrais vous préciser une chose qui va à l'encontre de ce que vous affirmez :

Je tiens des permanences et je reçois beaucoup de monde, des gens de Ste Geneviève des Bois, des cités bien sûr, mais aussi des gens extérieurs à Ste Geneviève des Bois. La renommée de la gestion de notre ville me surprend. Il n'y a pas de permanence sans que je n'entende des appréciations qui sont réconfortantes. Des personnes de communes avoisinantes viennent me trouver et me demander d'entrer dans le parc social de Ste Geneviève des Bois parce que, disent-ils, ici, la gestion est mieux qu'ailleurs.(*12)

Je suis obligée de le reconnaître, donc nous n'avons pas les mêmes sources d'information.

Moi, je pourrais vous citer des noms, je ne suis pas persuadée que vous puissiez le faire (*13).

Je vous remercie de l'attention que vous m'avez réservée.
 

Henri Prévot a répondu à ce discours au cours de la séance du 25 février 1997.

Retour à "la situation dans un immeuble de la cité Pergaud"
 
 

Compte rendu de la réunion du 1er février 1997
entre les habitants du 1 rue Anne Franck et le commissaire de police

La situation est devenue telle au 1 rue Anne Franck qu'une réunion entre les habitants de cet immeuble et le commissaire de police, M. Zueras, était devenue nécessaire.

Cette réunion s'est tenue au commissariat de police le samedi 1er février de 10h à midi. Seize habitants appartenant à treize familles y ont participé, accompagnés par Henri Prévot, conseiller municipal.

Les habitants ont complété l'information du commissaire de police sur la situation. Depuis le mois de septembre la situation n'a cessé de se dégrader pour atteindre une degré insupportable : dégradation des espaces communs et de biens privés, bruit, pressions et menaces, consommation de drogue, entraînement de chiens d'attaque etc. Les habitants ont essayé bien souvent d'engager un dialogue, mais en vain. Tous les participants à la réunion ont convenu qu'il est urgent de retourner le sens de cette évolution et de montrer aux jeunes que la loi doit être respectée.

On a distingué d'une part un groupe assez fluctuant de jeunes adolescents dans les escaliers et d'autre part un ou deux groupes plus stables de jeunes adultes présents habituellement dans le hall ou aux abords.

Le commissaire de police constate que la situation actuelle est inacceptable et ne peut pas être maîtrisée par les habitants ; il appartient donc à la police et à la justice d'intervenir ; elles ne le pourront qu'avec une bonne coopération des habitants et sur des indication et des plaintes précises. Le commissaire de police indique que le depuis un mois un ilôtage est affecté aux résidences de St Hubert- Pergaud. Cet ilôtage sera particulièrement attentif au 1 rue Anne Franck et le commissariat donnera une suite à tous les appels en provenance du 1 rue Anne Franck même s'il s'agit de faits qui, s'ils étaient isolés, seraient d'importance secondaire.

Le commissaire de police insiste pour que, une fois la situation rétablie, les habitants évitent eux-mêmes qu'elle ne se dégrade : il estime en particulier qu'il appartient aux habitants de faire en sorte que les hôtes indésirables quittent les lieux.

Une action devra donc être menée par la police pour que la situation redevienne conforme à la loi. Elle ne sera pas suffisante. En particulier pour les jeunes adolescents, cette action devrait être accompagnée d'une action éducative. La police rappellera aux parents qu'ils sont les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants ; la commune et la SCIC seront invitées à compléter l'action des parents par une offre éducative.

Henri Prévot demandera au maire d'organiser une réunion avec les habitants et la SCIC pour mettre au point le volet éducatif de ce programme de reprise en main de la situation du 1 rue Anne Franck.
 
 

Intervention de H. Prévot au conseil municipal du 25 février 1997
au sujet de la situation d'un immeuble de la cité Pergaud

Un immeuble de la cité Pergaud souffrait d'une situation insupportable, indigne de notre ville. Aujourd'hui, je dois vous dire qu'avec l'équipe de Ste Geneviève Autrement, nous sommes profondément satisfaits.

Satisfaits en premier lieu et surtout bien sûr, que la situation se soit améliorée et laisse l'espoir de redevenir normale. Nous continuerons d'être attentifs et à l'écoute des habitants.

Nous sommes aussi très contents parce que ces quelques semaines nous ont montré de façon évidente comment vous procédez, quelles sont vos réactions lorsque vous êtes contesté. Le 5 janvier, je vous ai écrit en lettre pressante, tout en restant évidemment correcte : ne devait-elle pas être pressante alors que depuis plusieurs mois, malgré de nombreux appels, les habitants avaient le sentiment que vous ne faisiez rien. Votre réponse me fut donnée dans ce Conseil municipal par une de vos collègues ; le texte est au Procès verbal de la réunion du 20 janvier.

Cette réponse est splendide ! En ce qui concerne la question posée à savoir : qu'avez-vous fait spécialement pour cet immeuble, la réponse se résume en un mot : "rien". Mais cette réponse a trois pages, trois pages de généralités, d'insinuations perfides à mon égard, de procès d'intention, de citations, non pas tronquées, mais bel et bien falsifiées.

Je ne donnerai que trois exemples. Vous commencez, Monsieur le maire - je m'adresse à vous car la diligence rare avec laquelle vous avez diffusé ce papier montre que vous l'approuvez sans aucune réserve - vous commencez, en vous adressant à moi, par ces mots : "vous excellez dans l'art de la contrevérité" ; c'est moins abrupt que le "vous êtes un menteur" que vous m'avez lancé il y a un an alors que je disais vrai, mais cela revient au même. Et quelles sont les contrevérités que j'aurais écrites dans ma lettre du 5 janvier ? Je vous mets au défi d'en trouver une seule, même minime ; d'ailleurs la suite de la réponse n'en dénonce aucune. Il s'agit donc, Monsieur le maire, je pèse mes mots, d'une calomnie. Pour la deuxième fois, je vous rappelle que notre droit pénal punit les insultes à des élus formulées dans les lieux publics. Je vous engage sérieusement à ne pas recommencer. Vous dites plus loin : "ce qui ne vous empêche pas d'intimer au maire l'ordre de 'faire cesser immédiatement" ce sont vos termes, une situation sans doute intolérable mais (…)". J'aurais prétendu donner un ordre et exiger que le résultat soit immédiat ! En réalité j'ai écrit : "vous devez donc réagir immédiatement" : j'ai rappelé un devoir imposé par la loi et, bien sûr, j'ai parlé d'une action immédiate, et non d'un résultat. Un citation falsifiée pour vous permettre de formuler des accusations, c'est pire qu'un mensonge. Enfin, la plus belle, si je puis dire, la voici : "Vous ne voulez voir que cet immeuble, parce que pour l'instant il sert vos objectifs, qui semblent bien tenir de la tactique politicienne" : deux procès d'intention en peu de mots mais le mot cible est prononcé : "politicien" : il fallait le dire ! La suite requiert tout notre attention car vous ajoutez : "c'est ce qui se murmure dans la ville" : où sommes-nous, je vous le demande ? Qu'une intervention sur un sujet grave soit pour la porte parole du maire l'occasion de colporter ou plutôt de tenter de créer une rumeur ! Voilà où vous voulez ramener le niveau du débat politique à Ste Geneviève des Bois !

Voyant que vous ne faisiez toujours rien, je me suis rapproché du Commissaire de police et de parquet ; l'un et l'autre m'ont dit qu'ils ne pourraient rien faire si les habitants ne se mobilisaient pas. J'ai dont organisé une réunion chez le Commissaire de police le 1er février. Nombreux furent les habitants présents à cette réunion, une véritable mobilisation s'était opérée. C'est cela, et cela seulement qui vous a fait réagir. La réunion que vous avez suscitée très vite, le 8 février, a donné satisfaction à ceux qui y ont participé et nous en sommes très heureux, car c'était bien le but de ma lettre du 5 janvier. En passant, je note que vous avez refusé que je participe à cette réunion ; vous vouliez à tout prix récupérer le fruit du travail réalisé par d'autres que vous, comme cela ressort de façon éclatante d'un article paru dans la presse locale. Quant à moi, j'avais préféré la discrétion par égard pour les habitants car, lorsque l'on est maltraité, on n'aime pas toujours que cela se sache. Je le reconnais, pour ce qui est de la désinformation, je suis battu à plate couture ! Mais, Monsieur le maire, je vous l'ai dit, la vérité finit toujours par s'affirmer.

Nous avons un autre sujet de satisfaction : nous avons brisé une double loi du silence ; la loi de silence que veulent imposer par la menace ces jeunes à qui, malheureusement, l'éducation a manqué et que ne connaissent que "l'état de nature" comme disent les bons auteurs, c'est à dire la loi du plus fort : les habitants sont allés à la rencontre de la police, ils ont parlé et la réunion du 1er février fut une réunion sérieuse, déterminée et sereine. Dès les jours suivants et avant même votre réunion, l'atmosphère avait changé. Une autre loi du silence a été brisée : vous ne vouliez pas que l'on parle des problèmes de sécurité à Ste Geneviève et une partie de l'opposition vous approuve dans cette attitude ; c'est une politique de l'autruche tout à fait dangereuse car, si vous n'en parlez pas, les gens s'adresseront à d'autres qui utiliseront des méthodes que nous réprouvons les uns et les autres. Il faut en parler sereinement : la délinquance juvénile à Ste Geneviève est moindre qu'ailleurs, mais elle ne cesse de s'aggraver depuis plusieurs années ; la politique de la municipalité à cet égard est encore très insuffisante. Poussé par la nécessité, vous avez pris, tardivement mais mieux vaut tard que jamais, quelques décisions qui s'inspirent de ce que nous recommandons depuis longtemps, comme celle d'embaucher des éducateurs de rue ; ce n'est pas suffisant ; il faut suivre de très près tous les jeunes délinquants qui reviennent ou restent chez nous ca on ne va tout de même pas les garder en prison éternellement ; il faut des éducateurs spécialisés pour cela et, s'il n'y a pas d'autres financements, il faut trouver dans notre budget les moyens de les payer : c'est cela, avoir des priorités.

Une situation qui semble être en train de se restaurer, une démonstration aveuglante de la façon dont vous procédez à l'égard d'une opposition qui vous conteste, montre vos lacunes et agit, une double loi du silence brisée, quelques mesures positives enfin décidées - avec l'équipe de Ste Geneviève Autrement, Dominique Szczepanek et moi-même avons toutes les raisons d'être très contents car c'est une victoire pour l'ensemble des habitants de nos cités !
 

Notes

Sur le financement des éducateurs spécialisés : en réalité la commune recevait depuis longtemps une subventions du département pour financer 3 puis 5 éducateurs de rue. Cet argent était versé à un association. Or l'assocation était complètement sous la coupe de la municipalité et cet argent a été employé à autre chose, pour financer du personnel communal. Quand il l'a appris, grâce aux inforamtions données par une habitante de Ste Geneviève, Henri Prévot a fait des observations au maire et informé le Conseil général et la Chambre régionale des comptes. Depuis, la situation a été régularisée - mais pendant des années, nous n'avons pas eu d'éducteurs spécialisés à un moment où ils auraient pu frenier la montée de la délinquance.

Quelques commentaires de H. Prévot sur l'intervention de Mme Jouannet.

1-Méchanceté sans fondement que rien ne justifie dans la suite du discours
2-Procès d'intention
3-Je n'ai rien dit de tel : j'ai dit que le maire, responsable de la tranquillité avait le devoir d'agir.
4-Ces considérations ne sont guère un réconfort pour les habitants du 1 rue A. Frank
5-Citation falsifiée : je n'ai jamais écrit cela ; j'ai écrit :"Vous devez donc réagir immédiatement", ce qui est évidemment différent
6-J'ai présenté cela comme un pis-aller provisoire
7-Cela faisait quand même trois mois que les habitants ne recevaient aucune réponse ni de la ville ni de la police, ni de la SCIC
8-Exact mais tout à fait insuffisant, la suite l'a montré
9-Les habitants seront heureux de savoir que leurs problèmes ne sont que le "premier cheval de bataille venu"
10-Faux
11-Ce n'est pas joli-joli de vouloir créer une rumeur - mais on a vu bien pire par la suite (aux élections cantonales) !
12-Ce n'est certes pas l'avis de tous ceux qui en partent ou qui veulent en partir !
13-Erreur Madame Jouannet !