Après les attentats de New-York et l'explosion à Toulouse

Liberté-sécurité, contrôle et confiance

Une nouvelle perception de la situation mondiale

Le rôle des Etats et de la coopération entre gouvernements

Des thèmes d'importance pour les années à venir


On peut consulter :
   - Sur la situation mondialeconférences données à Sciences Po : Alexandre Adler : un monde sons tension , Dominique Moïsi : l'hyperpuissance américaine ?  Gilles Kepel : Y aura-t-il la paix au Moyen Orient ?  ,  Jean-Louis Domenach : Faut-il avoir peur de l'Asie ?
   - Sur le rôle de l'Etat pour préserver la sécurité du pays, dans une économie mondialisée
         "La France : économie, sécurité : économie mondialisée, sécurité nationale, Union européenne", de Henri Prévot, édité par Hachette Pluriel, préfacée par Raymond Lévy .
         " Des Etats mieux armés et plus proches des citoyens", un texte de J.P. Baquiast qui a ouvert un site intéressant sur la fonction de l'Etat et la citoyenneté.
    - Sur le rôle de la nation

Présentation : la fragilité de notre société
Sur le rôle de l'Etat
Sur les relations entre économie et sécurité
Sur la façon de continuer la construction européenne
 

Une question se  pose : avons-nous une part de responsabilité dans ces très graves événements ? Question immense sur laquelle nous proposons quelques réflexions , en particulier avec Alain Finkielkraut, entendu  à la télévision

Entre le 11 septembre (les attentats) et le 21 septembre, (l'accident de Toulouse), quelques traits communs : un écart entre les faits et leur interprétation.
 

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La fragilité de notre société

Les attentats de New York marquent un tournant. Tout le monde connaissait la fragilité de nos sociétés mais nous ne voulions pas la voir. Nous avons vu en direct le deuxième avion virer en angle droit et se diriger sur la seconde tour du World Trade Center  : l'image de la puissance radieuse de notre technique qui se retourne contre elle-même, les quelques secondes qui précèdent le drame, certain et inéluctable, puis l'écroulement, les 5000 morts. Quelques semaines après, une préfiguration au demeurant très douce de ce que pourrait être une guerre biologique. Prendre conscience du fait que nous avons des ennemis peut être angoissant, d'autant plus que l'on ne sait pas où ils sont et qu'ils ont montré qu'ils peuvent utiliser tous le moyens - pas de trêve de Dieu avec eux, ni de convention de Genève ! A l'échelle internationale, s'unir pour les empêcher de nuire. Dans nos villes, tout faire pour éviter cette haine contre notre société exprimée au nom de l'Islam par Ben Laden, les talibans d'Afghanistan, les ulémas d'Arabie, les madrasas du Pakistan. Dans nos villes, nous n'avons pas le choix : c'est à nous qu'il appartient de faire en sorte que tous les jeunes nés en France, destinés à être français, aient envie d'être français. C'est à nous de les éduquer, des les encourager et de les sanctionner s'ils ne respectent pas la loi.

L'accident terrible de Toulouse pose d'autres questions : comment se fait-il que l'on ait considéré que le nitrate d'ammonium ne présentait aucun risque ?

Mais les deux événements tragiques montrent, de deux façons différentes, mais toutes deux spectaculaires, la fragilité de notre société.
 
 

Le Rôle de l'Etat

 Ces événements tragiques rappellent le rôle de l'Etat ; à ce sujet, Pierre Legendre, historien du droit, écrit dans le Monde du 23 octobre 2001 des choses très fortes : "Nous assistons à une escalade de l'obscurantisme" . par ailleurs, pour préserver la sécurité, il est nécessaire d'user de la force, y compris la force physique et même la violence en cas de guerre : police, justice, défense militaire, réquisitions etc. Dans notre société, seul l'Etat a le droit d'exercer cette force et cette violence, car, seul il en la légitimité démocratique. C'est pourquoi il ne peut pas la déléguer, sauf à modifier la Constitution.
 

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Les relations entre économie et sécurité

- Les relations entre l'économie mondialisée et la sécurité du pays : une présentation du livre  :la France : économie, sécurité : économie mondialisée, sécurité nationale, Union européenne

- Les commentaires de Pierre Drouin dans le journal Le Monde.

(écrit en septembre 2001)
Les attentats de New-York mettent en évidence ce que les gens informés savaient depuis longtemps : les libertés de circulation des produits, des finances, des informations etc. rendaient possibles donc probables ce genre d'attaque.

La réaction des Etats-Unis montre aussi la puissance du réflexe national, qui est bien naturel et qui se traduit en matière économique par de nouvelles relations entre l'Etat et l'entreprise. Il serait naïf et quelque peu enfantin de faire des reproches aux Etats-Unis. Il faut au contraire se montrer aussi fort et déterminé qu'eux. Pour cela il nous faut agir en coopération entre Etats de l'Union europénne, sur le mode "intergouvernemental"  -  il vaut sans doute mieux coopérer sur ce mode que sur la mode communautaire puisque la Communauté ne peut pas (encore ?) s'appuyer sur une légitimité démocratique).

Il se peut que dans six mois, on ait oublié tout cela (un nouveau régime en Afghanistan, Ben Laden éliminé et ses réseaux démembrés). Il se peut aussi que cette crise ait ouvert les yeux sur la nécessité de réguler d'une façon ou d'une autre les flux de personnes, de produits, de capitaux et aussi d'information et sur l'importance des relations entre l'Etat et les entreprises qui jouent un rôle essentiel pour le pays. 

L'équilibre entre sécurité et liberté de circulation pourrait être un enjeu important des années qui viennent. De même le rôle de l'Etat sur l'économie, lorsque la sécurité et l'avenir du pays sont en cause. On s'interrogera certainement sur la nécessaire confiance entre l'Etat et les personnes ou les entreprises, puisque l'intensité du contrôle dépend du degré de confiance. On étudiera les conditions de la confiance de façon à créer des zones de confiance où les contrôles seront moins utiles. C'est la responsabilité de l'Etat. Comme il ne pourra pas avoir, seul, une action efficace, il devra passer des accords avec d'autres Etats en qui il a confiance pour faire de plus vastes zones de confiance, à l'image de l'espace Schengen pour la circulation des personnes.

Il y a sept ou huit ans, j'avais travaillé sur ces thèmes et j'en ai écrit un livre : "la France : économie, sécurité : économie mondialisée, sécurité nationale, Union européenne", que l'on peut trouver sur internet et plusieurs articles dans le journal Le Monde et les revues Esprit, Commentaire, Administration, Relations internationales et autres.

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La construction européenne

Cette réflexion montre à quel point sont fortes et complexes les relations entre l'économie et la sécurité. Or seuls les Etats sont responsables de la sécurité publique car, seuls, ils ont la légitimité démocratique qui est nécessaire pour obliger lezs citoyens à faire les efforts nécessaires à la préservation de la sécurité. La coopération entre les pays de l'Union européenne est très souhaitable ; elle prendra donc la forme de coopération entre Etats responsables et non pas celle d'une coopération supranationale.

Pour être efficace, cette coopération doit pouvoir commencer avec quelques Etats seulement car si l'on attend que tout le monde soit d'accord, on ne fera rien.

Une évolution a été faite en ce sens puisque les traités d'Amsterdam et de Nice ont rendu possible ce genre de coopération mais des progrès sont encore nécessaires.

Le livre et les articles trouvent aujourd'hui l'actualité qu'ils avaient précédée de plusieurs années.

Car ces thèmes - liberté et sécurité,  contrôle et confiance, rôle de l'Etat dans l'économie - pourraient être des thèmes importants des prochaines élections.

Henri Prévot
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La France : économie, sécurité
Economie mondialisée, sécurité nationale, Union européenne
Henri Prévot
Préface de R. Lévy
Edité par Hachette Pluriel en 1994
Prix des ministères

 la France : économie, sécurité : économie mondialisée, sécurité nationale, Union européenne
 
 

PRESENTATION

Le texte ci-dessous a été rédigé en 1992-1993 ; il garde toute son actualité.

Les risques et les menaces auxquels sont exposés nos pays se multiplient et se diversifient.

Les relations entre la sécurité du pays et l'économie sont de plus en plus fortes et décisives.

La sécurité du pays est de la responsabilité des Etats.

Les Etats ont besoin de coopérer pour réunir les conditions technologiques, industrielles et économiques de leur sécurité.

Or la politique de la CEE, qui s'appuie sur le "libéralisme" et sur certains aspects du droit émanant du traité de Rome, tend à diminuer le pouvoir des Etats.

Comment donc réunir les conditions technologiques, industrielles et économiques nécessaires à la sécurité du pays et de sa population ?

On peut mettre en oeuvre le traité de l'Union européenne d'une façon qui permette de concilier coopération, responsabilité des Etats, responsabilité de la Communauté et efficacité.

Alors que la stratégie des pays comme le Japon et les USA (où l'on parle de "diplomatie globale") fait la synthèses de multiples registres, alors que d'autres pays ou d'autres organisations mettent tous les moyens de l'économie et de la technique au service de leur volonté de puissance, on ne peut parler de sécurité en Europe qu'en considérant simultanément les aspects économiques (théoriques et pratiques), juridiques, institutionnels, stratégiques, politiques, et en faisant la relation entre le "rêve" et des détails qui peuvent paraître triviaux - d'ailleurs la construction de la CEE utilise abondamment les moyens du droit et le droit apporte une très grande attention aux détails.

Ce texte a l'ambition 

* de faire une synthèse de points de vue très différents,

* tout en décrivant les succès de la Communauté, d'en voir les limites et surtout d'apporter des clarifications : montrer les progressions voilées, celles qui engagent au-delà de ce qui a été décidé explicitement

* de montrer que le traité de l'Union rend possible une pratique qui mette d'accord les tenants d'une fédération et des "acquis communautaires", s'ils acceptent de voir que leur idéal ne peut être atteint de suite, et les tenants des Etats, s'ils constatent qu'une coopération est souvent nécessaire.

Dégagée d'a priori et de procès d'intention, l'Union Européenne, en multipliant les relations entre Etats déterminés à travailler ensemble sur des objectifs limités - à l'image de ce qu'ils font pour la circulation des personnes, la construction aéronautique ou la fabrication d'armement -, pourrait progresser de façon souple et efficace, aider les Etats à renforcer leur sécurité et commencer d'exister sur la scène internationale.

Depuis que ce livre a été rédigé, le traité d'Amsterdam puis celui de Nice ont rendu possibles, au sein de l'Union européenne, des coopérations entre quelques gouvernements de l'Union européenne. Les entraves mises à de telles coopérations sont encore trop gênantes et pourraient être levées progressivement s'il apparaît, comme je le pense, que ce mode de coopération est le plus pertinent (et souvent le seul possible aujourd'hui) sur des sujets qui affectent l'avenir de nos pays.
 

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Avons-nous une part de responsabilité dans ces très graves événements ?

On entend parfois se poser la question. Il est normal que des événements de cette importance suscitent toutes sortes de questions.

A la télévision Alain Finkielkraut nous a dit des choses frappées au coin du bon sens. 
Avec Finkielkraut et bien d'autres, constatons qu'il appartient aux auteurs de ces attaques de dire quelle signification ils leur donnent. Ils le disent clairement : ils ne nous reprochent pas de ne pas suffisamment aider les pays en voie de développement, ils ne nous reprochent pas une position déséquilibrée dans le conflit entre Israéliens et Palestiniens ; ils ne nous reprochent pas d'émettre trop de gaz carbonique dans l'atmosphère. Non, ils considèrent que notre civilisation est décadente et ils veulent le démontrer en espérant qu'elle s'écroulera sous leurs coups. Ils ne font pas de différence entre jeunes et vieux, hommes et femmes, civils et militaires, usines ou logements, : nous sommes tous également dignes d'être éliminés. Il ne nous servirait à rien de nier leurs intentions ; il faut les prendre comme elles sont. D'ailleurs ne serait-il pas contradictoire qu'ils nous reprochent à la fois notre genre de vie et de ne pas suffisamment les aider à jouir du même genre de vie ?

Cela dit, il est évident que ces agresseurs et ceux qui pensent comme eux sont une minorité du monde arabe et du monde musulman ; il est évident qu'une façon de leur montrer que nous ne sommes pas en décadence est de les mettre hors d'état de nuire et aussi de ne pas abandonner les valeurs qui font notre civilisation : en particulier, tout homme est égal en dignité et mérite également le respect - les chrétiens et les juifs attribent cela à l'amour de Dieu, égal pour chacun. En cela les marques de respect et de considérations rendues par les dirigeants aux Etats-Unis et ailleurs envers la religion musulmane étaient nécessaires et sont très bienvenues.

Par ailleurs, la violence est inscrite dans la nature humaine et le meurtrier trouvera toujours une "bonne raison" à sa violence : un des premiers récits de la Bible est le meurtre d'Abel par Caïn, celui-ci ayant avancé comme prétendu motif que Dieu écoutait d'une oreille plus favorable les prières d'Abel : Caïn s'était fait son cinéma pour se justifier ! On retrouve cela, dit autrement, dans la fable du loup et de l'agneau. Il y aura toujours une bonne raison : Huttus ou Tutsi, serbes ou croates, jadis catholiques et protestants ; au fond, les enseignements de la religion n'ont rien à voir avec cela ; au contraire, ils appellent en général à la paix.

Il est donc prudent de se préserver des agressions. C'est le rôle des Etats ; n'ont-ils pas un peu trop  baissé la garde ces temps-ci avec la montée du libéralisme et un libre échange insuffisamment contrôlé ? Il faut dire que les citoyens ne les aident pas beaucoup car ils refusent, de fait, de payer le prix de leur sécurité : le budget de la défense en France est deux fois inférieur (en proportion) à celui des Etats-Unis, la pression pour toujours davantage de liberté aux frontières et sur Internet prive l'Etat de moyens de contrôle (c'est ainsi par exemple que la cryptologie est utilisée en France sans aucun contrôle, malgré les mises en garde des spécialistes), la pression de l'urbanisme a transgressé les zones de sécurité autour des usines dangereuses - et lorsqu'il arrive une catastrophe, tous les citoyens se retournent contre l'Etat et veulent y trouver un coupable, en refusant toute responsabilité personnelle comme citoyen !

Cela n'empêche pas, évidemment d'étudier sans relâche comment apaiser les foyers de tension dans le monde. Cela n'empêche pas aussi de se demander si nous mettons partout en application les principes auxquels nous disons croire.  Mais, comme le dit Finkielkraut, se sentir coupables de ces agressions, cela reviendrait à imputer les crimes du nazisme au traité de Versailles. 

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Après les 11 et le 21 septembre 2001
Entre les faits et les commentaires, un certain écart ; pourquoi ?



Le 11 septembre, deux avions sont détournés puis projetés contre deux tours symboles de la puissance américaine.

Nous nous interrogeons sur nos responsabilités, sur le conflit interminable au Moyen Orient, sur la faim dans le monde, sur l’arrogance de certains pays (et même de la religion chrétienne il y a mille ans).

Pourquoi pas ? Mais c’est au risque de perdre de vue que les avions ont été détournés par quelques jeunes hommes instruits et cultivés, fils de familles aisées et animés de fureur, au nom d’une religion, contre notre style de vie occidental par un homme richissime, conseiller d’un Etat qui fait ce qu’il faut pour maintenir son peuple dans la misère et l’ignorance.

Le 21 septembre, une installation chimique explose ; l’onde de choc cause des dégâts sur plusieurs kilomètres à la ronde.

Nous nous interrogeons sur la sévérité des règles et des contrôles applicables aux installations dangereuses, nous évaluons le rôle de l’administration, des élus, de la justice et soupesons la responsabilité de l’entreprise, de ses conseils.

Pourquoi pas en effet ? Il faut savoir se remettre en cause. Mais c’est au risque de perdre de vue que l’installation en question était considérée comme non dangereuse et de ne pas même se rendre compte que les protections des installations considérées comme dangereuses ont parfaitement fonctionné : une conduite de phosgène protégée contre les séismes s’est fermée automatiquement, les stocks d’ammoniac n’ont pas souffert, les stocks de poudre non plus.

Dans l’un et l’autre cas, on assiste à une dérivation de l’émotion, de la volonté d’agir ou, plutôt, de la volonté de trouver des causes et des responsables. Dérivation utile socialement ? Peut-être, mais risquée à terme si elle nous déroute d’éradiquer les vraies causes.

Sur le 11 septembre : on pourra animer le dialogue des cultures ; on pourra doubler, tripler ou quadrupler l’aide aux pays pauvres,  on n’éradiquera pas la violence, inscrite dans la condition humaine. La bonne réponse est de se protéger et d’empêcher la violence d’accumuler des moyens de nuire. Encore faut-il accepter le caractère inéluctable de la violence ; nos sociétés ne l’acceptent peut-être pas ; elles veulent trouver des coupables, fussent-ils elles-mêmes.

Sur le 21 septembre : doubler et renforcer les règles de sécurité, doubler le nombre d’inspecteurs n’aurait empêché ni l’explosion ni l’ampleur de ses dommages : les inspecteurs auraient inspecté d’autres installations réputées dangereuses. La bonne réponse est de renforcer la recherche des bonnes pratiques par comparaison (d’autres pays considéraient que le nitrate d’ammonium à haute teneur est explosif et n’autorisent que des teneurs réduites de 10 ou 15 %). Une autre façon de réagir est d’apprendre à considérer qu’il y aura toujours un aléa et d’accepter qu’un accident puisse ne pas avoir de responsable. Nos sociétés ne l’acceptent peut-être pas ; elles veulent trouver des coupables, fussent-ils les experts, les administrations dont elle se sont elles-mêmes dotées, les élus qu’elles ont elles-mêmes choisis.

Certes, si une vérité est indicible, car non acceptable, la vie sociale ne peut continuer qu’en en détournant les yeux ; et pour en détourner les yeux, il est commode de se donner, sans le dire, d’autres objets d’attention.
 

P.S. : cela n’interdit évidemment pas d’apaiser les conflits du Moyen Orient, de soulager la faim dans le monde, d’animer le dialogue entre les religions, de mieux étudier les risques et de renforcer les moyens de contrôle…
 
 

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