Roms : cet été 2010, deux expulsions de camp
le 26 août celui de Ste Geneviève des bois ; le 8 septembre, celui de Fleury Mérogis
à la demande de M. O. Léonhardt, maire de Ste Geneviève et président de l'agglomération du Val d'Orge

Evitons les réactions simplistes car la question est compliquée.
Mais nous pensons qu'il était possible de ne pas chasser ces familles.
Que faire aujourd'hui ? Propositions

Notre dernière démarche : nous étions intervenus au Conseil municipal le 21 septembre. Suite à la réponse du maire, nous avons écrit à tous les maires de la communauté d'agglomération du Val d'Orge, par un courrier daté du 1er octobre : nos communes ne sont-elles vraiment pas capables d'accepter et d'intégrer un nombre limité de Roms ? Les associations demandent non pas des logements (il manque de logements et il n'y a pas de raison de donner un préférence aux Roms parce qu'ils sont Roms) mais quelques terrains pour quelques familles.
 
Sur cette page : une note :
La situation : au plan national, à Ste Geneviève des bois, à Fleury
Commentaires sur la décision de chasser les Roms : ce qui se dit souvent ; aller au-delà de cette première réaction
Quelles leçons tirer ? C'est une affaire de société : savoir se répartir les rôles
En conclusion : si quelques Roms reviennent à Ste Geneviève, les chasserons-nous à nouveau ?

Notre dossier :
- Copie du Procès verbal de la réunion du bureau de la communauté d'agglomération du Val d'Orge le 21 juillet 2010 demandant l'expulsion des Roms du campement de Fleury-Mérogis.
- un article de A. Glucksman paru dans le Monde du 1er septembre 2010 - extraits.
- Le droit applicable aux étrangers venant de Roumanie et de Bulgarie : un texte de la Documentation Française de septembre 2009 et un autre plus récent de "migration conseil".
- Un reportage sur le camp de Roms de Fleury Mérogis, dans le journal La VIE.
- Le très bel exemple donné par le maire et la ville de Indre, près de Nantes - un reportage de Ouest -France.
- Au plan national, parmi les nombreuses réactions d'associations, un communiqué de presse de ATD Quart Monde et un autre du Secours catholique ;  ici, un collectif d'associations s'est formé avec plusieurs autres associations dont notamment le Secours populaire.
- Le plan départemental d'accueil des gens du voyage en Essonne : partie 1 et parties 2 et 3 

Voir aussi notre édito   ,  et la question posée au cours de la réunion du Conseil municipal, le 21 septembre, avec la réponse du maire.


La situation

Au plan national et européen
Dans leur pays, les Roms sont très mal considérés et très mal traités. En France, ils sont le droit de résider trois mois sans condition ; au delà ils doivent montrer qu'ils ont des ressources suffisantes. Sauf dans quelques métiers, ils ne peuvent avoir de contrat de travail qu'avec une autorisation de la préfecture. De toutes façons leur employeur doit payer une taxe. Il n'est guère étonnant qu'ils aient du mal à trouver un travail régulier. Ils vivent donc de petits boulots, de récupération d'objets qu'ils revendent dans leur pays, de l'aide sociale, du soutien apporté par des assocaitions caritatives et de mendicité. Ils ont la réputation de voler. Ils s'installent dans des zones à l'écart et construisent des barraques avec des matériaux et des équipements qu'ils récupèrent sur les chantiers ou dans les décharges ou qui leur sont donnés par des associations. Leurs logements sont souvent bien tenus. Beaucoup montrent qu'ils veulent s'intégrer à la société française. C'est généralement long et difficile car leur façon de vivre et de réagir est, à bien des égards, très différente de la nôtre. Mais c'est possible puisque certains y sont parvenus.

Aujourd'hui, en France, nous n'avons pas d'autre choix que d'accepter la présence des Roms
La meilleure solution serait que les Roms puissent former leur projet de vie chez eux, c'est à dire surtout en Roumaine et en Bulgarie. L'Union européenne presse ces pays d'agir en ce sens et leur donne pour cela des fonds importants. Mais sans résultats suffisants jusqu'ici : les conditions de vie y sont bien plus mauvaise que celles qu'ils ont en France
Donc, aujourd'hui, renvoyer les Roms dans leur pays d'origine n'est pas une solution, car la plupart revient peu après en France. Les chasser de leur campement sans leur proposer de solution durable ne sert à rien car ils vont s'installer dans une autre commune.
Donc, sans même parler de morale ni de générosité, nous n'avons pas le choix. La France doit en même temps, d'une part, agir fermement au niveau européen et auprès de la Roumanie et, d'autre part, accueillir les Roms qui sont sur son territoire. Encore une fois, nous n'avons pas le choix. Donc, si une commune dit "pas chez moi", elle dit en même temps "qu'ils aillent chez le voisin !". Ce fut la décision de notre commune et de la communauté d'agglomération. Ce n'est vraiment pas glorieux.
Evidemment, on pourrait leur rendre la vie tellement difficile qu'ils préfèreraient vivre dans leur pays. Mais ce ne serait là pas du tout glorieux ! Ce serait même honteux et l'on aurait bien du mal à se dire encore défenseurs des droits de l'homme !
 

A Ste Geneviève
:
Des Roms s'étaient installés sur un terrain vague du côté du centre équestre, à droite du chemin qui y mène. On ne voyait pratiquement pas le campement. Quelques Roms mendiaient ; ils envoyaient parfois leurs enfants faire la manche. On a signalé quelques vols sans pouvoir affirmer que les les voleurs étaient des Roms. Ils avaient fait un branchement électrique pirate sur une ligne publique. Ils prenaient leur eau au cimetière et n'utilisaient pas les poubelles mises à leur disposition par les services de la ville. Les enfants étaient inscits à l'école mais beaucoup n'y allaient pas. Donc ils étaient gênants - mais étaient-ils très gênants ? La plupart des Génovéfains ignoraient l'existence de ce camp.
Il y a plus d'un an, le maire avait demandé à la justice de les expulser de ce terrain, qui appartient à la commune. La justice avait donné son accord mais, jusqu'à la fin août, le préfet n'avait pas envoyé la police. Le 26 août la police a chassé ceux qui n'étaient pas partis auparavant et on leur a donné une chambre dans un hôtel à Athis pour quelques jours seulement.

A Fleury-Mérogis
:
Avant de parler des Roms, il faut parler de la situation politique dans cette commune. Avant les élections de 2008, le maire était M. Humbert communiste. A l'électrion de 2008, un seule liste s'est présentée, conduite par M. Humbert et formée de communistes et de socialistes. Tous les membres de la liste ont donc été élus. Peu après les élections, les conseillers municipaux socialiste ont démissionné pour suciter de nouvelles élections. La liste conduite par l'ancien maire a été battue par ses anciens alliés socialistes, conduits par M. Derrouet.Celui-ci avait mis dans son programme électoral l'évacuation du camp des Roms. Le terrain appartient à la Communauté d'agglomération du Val d'Orge, la CAVO. Le bureau de la CAVO a tenu une réunion exceptionnelle le 21 juillet. A l'exception des élus de Morsang, tous les membres présents ont été favorables à l'expulsion des Roms et les membres absents ont fait savoir qu'ils y étaient également favorables. Il est remarquable que plusieurs de ceux qui se sont dits favorables à l'expulsion ont constaté que cela ne résoudrait rien - voir le PV de la réunion.
Le camp de Roms était situé près de la mairie, le long de la francilienne, près du pont réservé aux autobus qui la franchit. Il s'y trouvait 80 personnes dont de nombreux enfants. Plusieurs associations étaient en relation régulière avec ces personnes. La municipalité leur apportait une aide sociale. Le processus d'intégration était bien amorcé. Les enfants étaient à peu près tous scolarisés et allaient effectivement à l'école. Le matin du jour de l'évacuation, ils sont passés, leur cartable sous le bras, entre les nombreux gendarmes qui encerclaient le camp pour en chasser leurs parents - beaucoup d'entre eux (j'en suis témoins) n'étaient pas fiers. Des offres de relogement ont été faites à un petit nombre de Roms. Aucun n'a été reconduit à la frontière.

Commentaires sur les décisions d'expulsion

    Ce qui se dit souvent

Interrogez autour de vous et demandez aux gens ce qu'ils pensent de l'évacuation de ces camps. La première réaction est très souvent : "bon débarras ! qu'ils retournent chez eux !" ;  "Pas de bidonville dans ma commune" (déclaration du maire de Fleury) ! "Nous leur avons trouvé un logement même si ce n'est que provisoire, c'est quelque chose" (déclaration, en substance, du maire de Ste Geneviève des bois) (pensez-donc ! Un logement pour quelques jours seulement !) ; "assez de mendiants" ; "ils ne veulent pas s'intégrer" ; "je n'aime pas ceux qui vivent aux crochets de la société ; qu'ils travaillent pour gagner leur vie !".
Un maire peut entendre cela et n'entendre que cela. En pensant à ses prochaines élections, il décide donc l'expulsion. Il y a quelques mois, il savait que cela n'aurait pas de suite car le préfet ne faisait pas agir la force publique. Situation confortable donc, d'un point de vue électoraliste et d'un point de vue moral. Mais, depuis le discours de Grenoble, les demandes des maires sont suivies d'effet - tellement bien que plusieurs maires sont revenus sur leur demande (A. Juppé à Bordeaux, Martine Aubry à Lille).

    Notre avis
Cette première réaction de rejet est bien compréhensible mais il faut aller au-delà. Nous l'avons dit, l'évacuation des camps ne résout rien. Bien au contarire, cela ne fait que rendre la question plus difficile à résoudre. Une vraie politique de Gribouille.

Et, au plan humain, c'est désastreux, en particulier lorsque quelques-uns de membres des camps démantelés commençaient à s'intégrer, que les enfants allaient régulièrement à l'école, comme c'était le cas à Fleury.


Quelles leçons tirer de tout cela et que faire maintenant ?

Les services publics ne peuvent pas tout faire : c'est une affaire de société

Il s'agit d'accueillir des personnes dont la culture et les moeurs sont très différentes des nôtres. Les accueillir, c'est à dire les accepter tels qu'elles sont ou, mieux, les intégrer peu à peu, c'est à dire les amener à modifier leur façon de se comporter. C'est long et souvent pénible pour les uns et les autres. Il faut que tout le monde s'y mette, police, services publics à l'échelon national, départemental et communal et aussi les personne privées bénévoles, soit individuellement soit au travers d'associations. Et les rôles seront répartis car personne ne peut tout faire :
- Le maire et la police sont responsables de l'ordre et de la tranquillité publics ; en particulier, il appartient au maire de réglementer la mendicité et à la police de retrouver les cambrioleurs.
- La commune peut apporter une aide sociale avec le CCAS,  inscrire les enfants à l'école ; elle doit également proposer des terrains ; elle peut offrir l'eau, des WC et  des poubelles.
- Les associations et les bénévoles peuvent apporter une aide matérielle et, surtout, un accompagnement humain ; par exemple aller chercher les enfants le matin pour qu'ils aillent à l'école, apprendre aux familles à parler français, aider à faire les formalités administratives.

Il est donc déplorable que les maires de Ste Geneviève et de Fleury Mérogis aient décidé de demander l'expulsion des Roms avant d'avoir recherché avec les associations de bénévoles tout ce que l'on pouvait faire pour l'éviter, c'est à dire pour rendre la présence des Roms supportable et pour travailler à leur insertion.

Cela pose la question plus générale et essentielle de la relation entre la municipalité et les associations - une question que nous abordons à chaque élection tellement elle est importante et deviendra de plus en plus critique maintenant que l'Etat est obligé de réduire ses dépenses.


En conclusion

On peut trouver une raison à la décision prise au plan national : alerter sérieusement le niveau européen pour qu'il réagisse. De ce point de vue, ce fut un succès ! Il y a eu des réactions en effet ! Non seulement les institutions européennes, Commission, Conseil de l'Europe, mais aussi le pape et l'ONU - ce qui, tout de même pourrait nous faire réfléchir.

Interrogé de plusieurs côtés (moi-même je lui en ai longuement parlé le jour de la fête des associations, en septembre 2010), le maire de Ste Geneviève va sans doute prendre quelques décisions allant dans le bon sens. A la mi-septembre, il a reçu les représentants du collectif des associations et leur a dit qu'il demanderait à toutes les communes de la communauté d'agglomération de proposer deux logements chacune. Entre-temps, il demandera que les familles de Roms puissent rester dans les hôtels où elles avaient été envoyée pour quelques nuits seulement.

Il se pourrait que ce ne soit pas suffisant. Que faire si des Roms reviennent chez nous ?

Certes, comme l'écrit Jean-Paul Delevoye, le médiateur de la République, dans son dernier rapport annuel, la France est "psychologiquement fatiguée" ; mais sans doute pas au point que nos communes ne puissent accueillir quelques dizaines de personnes différentes - notre état mental collectif serait alors réellement préoccupant !

Qu'attend la commune pour aménager des terrains pouvant recevoir non seulement les gens du voyage mais également quelques Roms, en nombre limité bien sûr ?

Puis le maire devra apprendre à coopérer avec les associations sans succomber à la tentation de vouloir tout reprendre sous sa coupe.

Avant de dire que ce n'est pas possible, voyez ce que font le maire et la population de la commune d'Indre, près de Nantes ! Près de chez nous, l'ancien maire et les associations de Fleury Mérogis agissaient dans le même sens - voyez le reportage paru dans La Vie.
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A la séance du conseil municipal du 21 septembre
, interrogé par les conseillers municipaux de Ste Geneviève Autrement, le maire répond qu'il essaiera d'obtenir un logement durable à Ste Geneviève et qu'il demandera la même chose aux autes maires de la communauté d'agglomération, mais qu'il ne peut s'engager sur rien. Il refuse de mettre à la disposition de quelques familles Roms un terrain où ils puissent mettre une caravane ou, à défaut constuire des logements précaires. Voir ici notre intervention et la réponse du maire.

Si des Roms reviennent s'installer, nous demanderons à nouveau au maire de mettre à disposition un terrain si des associations accompagnent ces Roms.
Nous sommes tous d'accord pour "refuser la misère", bien sûr. Mais "refuser la misère" veut-il dire "rejeter les miséreux" ?


Un courrier adressé aux maires de la Communauté d'agglomération du Val d'Orge :

Nous ne demandons pas aux maires de logements, car nombreux sont les Français qui attendent depuis longtemps un logement. Nous leur demandons de mettre des terrains à dispostion d'un nombre limité de Roms et de rechercher avec les associations une coopération pour aider à l'intégration des Roms. Voici cette lettre, datée du 1er octobre.



Par ailleurs, même si l'on n'est pas d'accord avec les décisions prises au niveau national, on doit reconnaître que ceux qui approuvent le gouvernement et qui, localement, demandent l'expulsion des Roms sont cohérents. En sens inverse, près de chez nous,  les communistes, qui sont opposés aux décisions nationales et aux expulsions se sont montrés eux aussi cohérents. Par contre les critiques acerbes formulées contre le gouvernement par des socialistes qui, sur le terrain, demandent l'expulsion des camps nous rappellent que la duplicité en politique peut être sans borne.