Pourquoi je m'opposerai au Front National

Ecrit par Henri Prévot après le premier tour des élections cantonales de 2011


Il serait facile de dire : « je ne vote pas Front National parce que c’est comme cela » ; ou encore « parce que c’est mal » ; ou encore « parce qu’il est incompatible avec mes valeurs » ou encore « il nous conduit vers un régime hitlérien » sans plus d’explication. Mais ce n’est pas comme cela que l’on convaincra les 20 % d’électeurs qui votent Front national.

Pour dire ce que l'on pense du FN, il y a trois niveaux. Il y a le niveau des questions et du diagnostic de la situation présente ; il y a  le niveau des propositions pratiques, opérationnelles ; et il y a un un niveau plus profond, celui où se trouvent les motivations qui conduisent aux propositions pratiques. Lorsqu’on analyse les discours du FN et certaines de ses propositions, on y voit des messages subliminaux, des allusions inacceptables car contraires aux valeurs que l’on estime importantes. Et plusieurs des propositions du FN ne font pas appel à ce que l’homme a de meilleur en lui. Elles paraissent logiques et simples à comprendre mais elles sont trompeuses car leurs conséquences peuvent être graves. Elles sont démagogiques.

C’est pourquoi je m'opposerai au FN et, en cas de duel enere le FN et le partis socialiste, si c’était nécessaire pour faire barrage au FN, je voterais plutôt pour des socialistes sans rien cacher des différences qui m’opposent à eux.

Les questions, les interrogations, les inquiétudes : la droite comme la gauche ont eu tort de refuser pendant longtemps d’aborder certaines questions importantes au seul motif que le FN les posait. Il fut un temps où il était considéré comme anormal, presque immoral de parler du respect de l’autorité, de l’autonomie nationale, d’immigration, thèmes souvent abordés par le FN. La moindre contestation de l’action des Juifs était sévèrement critiquée. Dès que l’on rappelait les crimes du communisme, on se voyait répondre qu’en faisant cela on minimisait les crimes d’Hitler. Quant à la patrie, le mot était pratiquement interdit : « travail famille patrie » était la devise de Pétain. Dès que l’on parlait de « nation », les bien-pensants vous répondaient « repli national » ou « égoïsme national ». Cela a duré des années. Le FN en a profité pour prospérer, en parlant de la France, de l’insécurité, du respect de l’autorité, du sens de l’effort, des risques de la mondialisation et de l’ouverture des frontières ; et il a exprimé l’inquiétude d’un nombre croissant de Français face à une immigration de plus en plus visible.

Depuis quelques années, le discours ambiant a changé et ces préoccupations sont enfin prises en considération par tous les courants politiques. De bons esprits s’élèvent contre cela en prétendant qu’en reprenant les thèmes mis en avant par le FN, on favorise une la " lepénisation" des esprits. Ils ont tort.

Quant aux propositions faites par le FN, certaines ne remettent pas en cause les principes et les valeurs de fond de notre société. Celles-là peuvent être étudiées techniquement. Les refuser par principe au seul motif qu’elles ont été formulées par le FN, ce serait renforcer l’électorat de FN. Quoi qu'on pense de ces propositions, on ne va pas exclure du jeu politique tous ceux qui préconisent une sortie de l’Euro, une refonte de l’Union européenne pour diminuer le pouvoir des instances européennes, des mesures de protection contre certaines importations.

Certaines propositions par contre me paraissent incompatibles avec des positions de fond que j’estime essentielles. Elles posent la question de l’état d’esprit du FN. Et c’est là que l’on touche les raisons pour lesquelles je ferai barrage au FN.

Le FN donne aux questions qui se posent à nous des réponses primaires, brutales qui ne font pas appel à ce que nous avons de meilleur.

C’est particulièrement vrai de l’immigration.

Les Français ont un sentiment fort de leur patrie, de leur histoire commune, de leur culture commune forgée en particulier par la religion chrétienne et par les luttes qui ont conduit à la « laïcité à la française ». Cela ne doit pas faire oublier que la France a de tous temps été formée avec l’apport de nombreux immigrés : jadis les Romains et les « barbares » (Huns, Wisigoths et autres) ; plus près de nous les  Italiens, Espagnols, européens du centre de l’Europe, Asiatiques. La France, par son histoire et sa culture, a donc la capacité d’intégrer des populations différentes ; elle s'est enrichie de ces populations différentes.

Aujourd’hui, le mouvement d'immigration continue avec des Africains du Maghreb ou d’Afrique noire. L’intégration de ces immigrés se fait et elle réussit – ceux qui à droite ou à gauche disent que « l’intégration à la française » ne réussit pas ont grand tort. C’est parfois plus long, surtout dans les situations de chômage, de pauvreté financière ou culturelle, mais nous connaissons tous autour de nous des jeunes de l’immigration qui sont en train de réussir parfaitement cette intégration – y compris par la voie de l’engagement politique.

Il faut contrôler l’immigration, bien sûr. Mais en étant très attentif à respecter la dignité et les besoins fondamentaux de tout homme et de toute femme, ce que ne fait pas le FN. Par exemple nous n'avons pas le droit de ne pas porter secours aux personnes en détresse, quel que soit son statut. D'une façon générale imputer à l'étranger ou aux immigrés nos difficultés personnelles ou sociales, non  seulement c'est faux mais encore c'est se mettre sur la voie de la stigmatisation de l'autre, de celui qui est différent ; une pente très dangereuse.

Il faut savoir changer pour rester soi-même - c'est le secret de la vie. L'immobilisme est mortifère. C'est pourquoi les positions du FN sont dangereuses.

Cette note ne traite des difficultés réelles que soulève une évolution de la pratique de l'islam vers une application littérale de ce qu'on lit dans le Coran. C'est très préoccupant, mais c'est une question qui déborde largement la question de l'immigration. On en parle ailleurs sur ce site

Comment le refus du débat a, de fait, aidé à la progression du FN : notes de lecture d’un livre tonique d’Elisabeth Lévy : les Maîtres censeurs.

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